Economie

Dans les coulisses du contrat d’Alstom en Ukraine

De gauche à droite, le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, Bruno Le Maire, ministre de l’économie, et Elisabeth Borne, alors ministre des transports, le 26 octobre 2017, en visite sur le site d’Alstom à Belfort.

Sous les plafonds dorés de la gare de Kiev, le salon Rail Expo du ferroviaire ukrainien s’est installé, en ce mois d’octobre 2019. Un stand rouge domine les autres par ses dimensions : celui du numéro un mondial du train, le constructeur chinois CRRC. En face, la loggia du français Alstom a l’air de se dresser sur ses ergots face à son concurrent.

L’image est frappante. Elle résume le bras de fer du moment opposant les deux industriels pour le gain d’un mégacontrat portant sur des dizaines de locomotives de fret. Le marché est considérable, puisque l’Ukraine possède un parc de 3 500 locomotives, dont les spécialistes s’accordent à dire que 90 % sont aujourd’hui obsolètes. Au bout du match : des centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires, du travail pour les usines nationales et une victoire industrielle symbolique sur le terrain est-européen.

Le contrat porte sur 130 locomotives électriques, pour un montant
de 880 millions d’euros

Dix-neuf mois plus tard, c’est finalement la France qui rafle la mise. Jeudi 13 mai, un accord intergouvernemental franco-ukrainien a été signé. Il prévoit, s’il est ratifié par le Parlement ukrainien, l’achat au groupe français Alstom, par les chemins de fer ukrainiens, de 130 locomotives électriques, pour un montant de 880 millions d’euros, localisé à 35 % en Ukraine, et qui pourrait atteindre les 2,4 milliards si l’Ukraine ajoute la maintenance sur quarante ans.

Comment gagne-t-on une telle bataille ? Le Monde a pu avoir accès à une partie des coulisses du lobbying politico-industriel français qui a abouti à l’arbitrage du 13 mai. Cela raconte un travail de longue haleine de près de cinq ans. Il va impliquer, aux côtés d’Alstom, trois ministères (économie, transport, affaires étrangères), ainsi que l’Elysée. Il mêle considérations techniques et financières, relations personnelles, dimension diplomatique et géopolitique. Une partie d’échec à l’échelle d’un pays.

En 2019, la position française est encore fragile

Mais revenons au mois d’octobre 2019. On est à la mi-temps du match. La position française est encore fragile face à la concurrence. Sur les rangs, on trouve des Européens comme l’allemand Siemens et le tchèque Skoda, mais qui vont surtout être utilisés par les Ukrainiens comme lièvres dans la négociation. L’adversaire numéro un, c’est bien le chinois CRRC, avec sa capacité à casser les prix. « Toute notre stratégie va consister à torpiller l’offre chinoise », résume une source proche du ministère français de l’économie.

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