Economie

A Périgueux, mission insertion pour les jeunes d’outre-mer

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Publié hier à 13h00, mis à jour hier à 14h40

Ce 6 avril 2021, à la gare de Périgueux, trois Polynésiens d’une vingtaine d’années posent leurs baluchons sur le quai déserté. Le vent siffle sur les rails, tous relèvent leur capuche sur des crânes rasés de près. Lorsque le train repart, les silhouettes ont déjà disparu dans le souterrain qui relie les quais. Assis à l’arrière d’une estafette, les Tahitiens ne semblent pas voir la cathédrale Saint-Front et ses coupoles aux faux airs byzantins. Le ciel gronde, ils sont ailleurs, rêveurs ou fatigués. La navette franchit les berges de l’Isle et rejoint leur caserne dans le quartier Daumesnil. Installé sur l’ancien site du 5e régiment de chasseurs à cheval, le centre de formation du service militaire adapté sera pour les huit prochains mois la maison des trois garçons. Là, ils vont retrouver des recrues venues de Martinique, de Guyane, de Nouvelle-Calédonie ou de La Réunion. Engagés volontaires, ces jeunes ultramarins sont venus apprendre un métier. Dans l’Hexagone et sous l’autorité militaire.

Le lendemain, à 8 heures sonnantes – 21 heures à Papeete –, les trois Polynésiens aux yeux embrumés sont au garde-à-vous dans la cour d’honneur au moment où sont hissées les couleurs. Certains engagés portent le treillis réglementaire, d’autres un survêtement siglé « Troupes de marine ». Plus ou moins concentrés, plus ou moins droits, tous écoutent le chef de bataillon Laurent Chouilly, commandant du centre de formation : « On m’a rapporté un peu de tension entre certains ces derniers jours. Je vous rappelle nos cinq règles d’or. Être à l’heure, être en uniforme, respecter la sécurité, respecter son chef, travailler en équipe. J’attends de chacun de vous qu’il suive ce que dit son chef de ­section et son formateur. »

Après l’appel, quelques-uns traînent avant de rejoindre les ateliers : au rez-de-chaussée, les élèves en électricité, à l’étage les futurs frigoristes. L’un après l’autre, les stagiaires tout juste débarqués des départements et régions d’outre-mer (DROM) sont convoqués dans le bureau du chef de section. Les demandes fusent : « Nom, prénom, situation de famille, diplômes, motivation, addiction à l’alcool ou à la drogue… » A la question « Quelles sont tes principales qualités ? », un jeune répond : « Je suis à l’heure, assidu et autonome, mon adjudant… C’est déjà pas mal tout ça, non ? » A sa suite, un Tahitien admet avoir deux problèmes : « la ponctualité et la bière ».

Une école de la deuxième chance

Créé il y a tout juste soixante ans à destination des Antilles et de la Guyane, le SMA, qui forme 6 000 personnes par an, est un point de rencontre entre la société civile et l’institution militaire. « Pour postuler, il faut être âgé de 18 à 25 ans, être considéré comme éloigné de l’emploi et être en capacité de vivre en collectivité », explique le chef de bataillon. En théorie, les régiments ne peuvent sélectionner un jeune avec un casier judiciaire. Dans la pratique, nombre d’entre eux ont des antécédents judiciaires importants, parfois lourds. « Il faut savoir fermer les yeux et donner une deuxième chance, explique un adjudant en poste depuis quelques années. Et puis, un militaire sans arme, c’est pas vraiment un soldat. Parce que, ici, contrairement aux armées, la mission, elle n’est pas collective, elle est au service du stagiaire. SMA, ça veut dire “service militaire adapté”. Il faut donc s’adapter à chaque jeune pour l’aider à s’en sortir. »

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