Economie

La revue « Esprit » invite à renouer avec l’héritage libéral des Lumières

Les dénonciations du néolibéralisme et de l’ultralibéralisme font trop souvent oublier que le libéralisme n’est pas seulement une économie dérégulée mais aussi, voire surtout, une vision du monde qui a de profondes racines philosophiques et historiques. « Parce qu’il est l’une des forces structurantes de notre modernité, le libéralisme a partie liée avec bon nombre d’entre elles – capitalisme, individualisme, universalisme, progressisme – sans que l’on puisse toujours l’y réduire, ni l’en dissocier complètement », relève Anne-Lorraine Bujon, coordinatrice du dossier de la revue Esprit.

Ce courant de pensée est devenu un ennemi bien commode pour tous ceux qui rejettent l’héritage des Lumières. C’en est un pour nombre de conservateurs religieux « qui ne peuvent accepter que les communautés politiques soient d’abord constituées par un corpus de loi fabriqué par les hommes ». Tout aussi hostiles sont les populistes de tous bords, « les nationalistes xénophobes qui préfèrent à la notion de citoyens formant un corps civique celle d’un “peuple profond” prétendument homogène ».

Enquête : Mais qui veut éteindre les Lumières ?

En France, qui en fut pourtant l’un des berceaux, le mot gêne. Mais lorsque certains fustigent la société du tout-marché, l’individualisme et l’égoïsme contemporains, l’élitisme, les inégalités ou l’autoritarisme, est-ce bien après l’idée libérale qu’ils en ont ? D’où l’intérêt de cette réflexion menée par la revue sur sa crise et son nécessaire renouveau. « Les penseurs n’ont fait qu’interpréter les échecs du libéralisme de diverses manières ; ce qui importe est de le transformer », lance Timothy Garton Ash, en exergue d’une stimulante réflexion sur les pistes d’une telle refondation.

« Quête interminable »

Au-delà de la défense des valeurs et des institutions libérales traditionnelles – Etat de droit, équilibre des pouvoirs, liberté d’expression –, il s’agit de sortir d’un libéralisme réduit à sa seule dimension économique, voire à un « fanatisme du marché ». Pour l’historien britannique, il ne fait guère de doute que « le libéralisme offre l’histoire expérimentale d’une quête interminable pour déterminer le moyen de bien vivre ensemble dans les conditions de la liberté ».

Tribune : Le libéralisme est-il de gauche ?

Si la démocratie ne peut se passer du libéralisme, celui-ci peut se retourner contre lui-même, justifier l’élitisme technocratique, voire se transformer en un « libéralisme autoritaire », oxymore aux yeux du philosophe Jean-Yves Pranchère, rappelant que « ce n’est pas le libéralisme proprement dit qui peut prendre des formes autoritaires, mais bien le capitalisme qui peut prendre des formes illibérales ». Le libéralisme pour se renouveler doit se combiner avec d’autres courants de pensée, comme le soulignent les autres divers contributeurs de ce numéro de printemps de la revue, dont le politiste et professeur à Princeton Jan Werner Müller.

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