Politiques

cinq questions autour de la présence de Gérald Darmanin


Un ministre peut-il se rendre à une manifestation qui réclame une action plus ferme de son gouvernement ? La question se pose alors que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé sa participation au rassemblement organisé mercredi 19 mai par les syndicats policiers, qui demandent plus de sévérité pour les “agresseurs des forces de l’ordre”

Deux semaines après le meurtre du brigadier Eric Masson à Avignon, les organisations syndicales ont appelé les “citoyens” à venir les “soutenir” lors de cette manifestation prévue de 13 heures à 15 heures, devant l’Assemblée nationale. De nombreuses personnalités politiques, de droite comme de gauche, ont annoncé leur présence, alors que la sécurité est devenue un thème de campagne, à quelques semaines des régionales et à un an de la présidentielle. Mais la présence de Gérald Darmanin pose plusieurs questions.

1Pourquoi les syndicats de police appellent-ils à manifester ?

Ce rassemblement a été organisé après le meurtre, le 5 mai, d’Eric Masson, brigadier de 36 ans, tué sur un point de deal à Avignon. Un drame qui a ébranlé la police, déjà marquée par l’assassinat le 23 avril de Stéphanie Monfermé, agente administrative au commissariat de Rambouillet (Yvelines).

Selon les responsables syndicaux, beaucoup de policiers, “en colère” et “écœurés”, voient dans la mort du brigadier lors d’une intervention un symbole des violences répétées à leur encontre, qui nécessitent d’après eux une “réponse pénale” plus ferme.

“La manifestation aura un caractère social, il ne s’agira pas de réclamer plus de moyens mais de poser la question de quelle société on veut pour demain”, signale auprès de franceinfo Grégory Joron, secrétaire général délégué du syndicat Unité SGP Police FO, l’un des syndicats qui appellent à la mobilisation. 

2Pourquoi le ministre veut-il se rendre à ce rassemblement ?

Gérald Darmanin va donc se mêler à une protestation qui demande au gouvernement auquel il appartient d’agir. “Il est exceptionnel que des ministres descendent dans la rue pendant l’exercice de leur mandat. Mais qu’un ministre de l’Intérieur se rende à une manifestation contestataire sur la voie publique à l’appel de policiers réunis en intersyndicale, c’est du jamais-vu”, assure Danielle Tartakowsky, historienne, spécialiste de l’histoire des mouvements sociaux

C’est à l’occasion d’un déplacement au commissariat de Vernon (Eure), lundi, que Gérald Darmanin a annoncé se rendre devant l’Assemblée nationale. “La colère des policiers, elle est légitime parce que quand ils sont attaqués sans cesse par une partie de la classe médiatique, quand ils ont connu depuis dix ans le terrorisme dont ils ont été les premiers ciblés, quand ils ont connu un an de violences de la part d’une partie des ‘gilets jaunes’ (…) quand ils connaissent les agressions, notamment ce meurtre ignoble à Rambouillet et ce meurtre ignoble à Avignon, je peux comprendre leur colère”, a assuré le patron de la place Beauvau devant les caméras. “Je vais leur dire à la fois mon soutien, ma présence, et leur dire que nous sommes tous dans le même bateau pour lutter contre l’insécurité”, a ajouté le ministre de l’Intérieur. 

Gérald Darmanin a marqué une nouvelle fois son soutien aux forces de l’ordre lors des questions au gouvernement, mardi 18 mai.

“La présence de Gérald Darmanin est inquiétante, elle exprime l’aspiration à une politique encore plus sécuritaire de la part du gouvernement”, souligne Danielle Tartakowsky. De plus, l’historienne estime qu’à l’approche de l’élection présidentielle, une telle prise de position sur la question sécuritaire, qui sera au cœur de la campagne, peut être stratégique.

3Comment réagissent les syndicats ?

“Finalement, la venue de Gérald Darmanin fait oublier la raison de cette mobilisation, déplore Grégory Joron. Ce que l’on veut, c’est parler de la souffrance des policiers. Tout le monde peut venir nous soutenir, mais on ne tendra pas le micro aux politiques.”

Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie Officiers, partage ce constat. “Les politiques peuvent saluer le peuple policier, voir nos collègues, discuter avec eux, mais nous ne leur offrons pas une tribune”, insiste-t-il auprès de franceinfo.

Grégory Joron explique que les reproches des policiers ne sont pas adressés directement au ministre de l’Intérieur. “On ne peut pas dire que rien n’a été fait depuis son arrivée, c’est plutôt la politique pénale menée depuis trente ans qui pose problème.” 

4Y aura-t-il d’autres personnalités politiques ? 

Le numéro deux du Rassemblement national, Jordan Bardella, a déjà annoncé sa venue. “Oui, j’y serai, comme beaucoup d’élus du Rassemblement national et, au-delà des partis politiques, comme de nombreux élus qui voient aujourd’hui que les policiers sont usés”, a affirmé sur France Inter le vice-président du parti d’extrême droite.

Nicolas Dupont-Aignan participera également à ce rassemblement. “Je regrette que, depuis des années, on ait laissé les policiers sans défense”, juge le président de Debout la France. Il prône un “plan global, notamment de changement du Code pénal”. Toutefois, le député de l’Essonne ironise sur la présence annoncée de Gérald Darmanin : “On n’a jamais vu un ministre de la République manifester contre sa politique, donc c’est une façon pour monsieur Darmanin de s’exonérer de ses responsabilités.”

Du côté de la gauche, le candidat du PCF à la présidentielle, Fabien Roussel, et le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, ont affirmé qu’ils participeraient eux aussi au rassemblement, tout comme l’eurodéputé EELV Yannick Jadot.

Une délégation de députés de la majorité se rendra également aux côtés des manifestants. Cette liste devrait encore s’allonger. Plusieurs personnalités et mouvements politiques attendent la réunion des groupes à l’Assemblée nationale ce mardi pour se prononcer avec certitude.

5Quels élus ont refusé de se rendre à la manifestation ?

Pour le moment, le groupe parlementaire de La France insoumise (LFI) est le seul à avoir formalisé son refus de se rendre à la manifestation. Dans une note publiée sur le site du parti, LFI dénonce une “instrumentalisation politique de celles et ceux qui, fonctionnaires de la police nationale ou militaires de la gendarmerie nationale, sont morts lâchement assassinés par des criminels”. 

“Nous ne participerons pas parce que nous ne partageons pas les revendications sur la base desquelles les organisations policières appellent à manifester”, explique à franceinfo le député de La France insoumise Ugo Bernalicis. L’élu signale que le groupe a déjà demandé l’ouverture d’une commission d’enquête pour prévenir les suicides dans la police, sans recevoir de soutien de la majorité ou des organisations policières jusqu’ici. “Il est de plus intolérable qu’un ministre d’Etat participe à une manifestation de pression sur l’Assemblée nationale, cela va à l’encontre de la séparation des pouvoirs”, estime le député du Nord.




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