Economie

à Narbonne, Orano Malvési sous pression

De la route D169, on ne devine rien. A 3 kilomètres de Narbonne (Aude), des vignes et des maisons de maître en pierres ocre composent ce paysage de carte postale. Pour rejoindre l’oppidum de Montlaurès, une curiosité antique du peuple élisyque, on croise un couple d’amoureux. Mais, au sommet de ce promontoire rocheux, un panorama moins bucolique attend les curieux : des bassins gigantesques, des cheminées, des cuves, des bâtiments de stockage… Le tout étalé sur une centaine d’hectares appartenant à Orano Malvési (ex-Areva), une usine de purification de l’uranium, classée Seveso 2 « seuil haut ». « Jusqu’en 2016, elle était invisible aux Narbonnais, car excentrée et loin de l’autoroute », reconnaît André Bories, président de l’association environnementale Rubresus.

Pourtant, Orano Malvési n’est pas une usine chimique comme les autres. Cette installation purifie un quart du minerai d’uranium naturel mondial, soit 500 000 tonnes depuis son implantation, en 1959. Ce premier maillon du cycle du combustible dissout le concentré minier (yellowcake), acheminé des mines du Niger ou du Kazakhstan, avec de l’acide nitrique, puis l’envoie à l’usine de conversion Philippe Coste, autre propriété d’Orano installée sur le site nucléaire du Tricastin (Drôme), pour qu’il poursuive sa transformation.

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De ce processus chimique mené sur le site audois, il reste quantité d’impuretés : les boues, qui contiennent des traces d’uranium, sont envoyées dans des bassins de décantation et les effluents liquides nitratés dans des bassins d’évaporation. Dès lors, une question délicate se pose : que faire de ces déchets ? Pour l’industriel, le projet TDN (traitement des nitrates) est censé y répondre. Grâce au procédé Thor (pour « thermal organic reduction »), 350 000 mètres cubes d’effluents liquides radioactifs accumulés, soit l’équivalent de 90 piscines olympiques, seraient brûlés et transformés en résidus solides, stockables par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.

« Une inconnue demeure : où va la radioactivité ? »

Cependant, le projet, dévoilé et détaillé dans l’enquête publique de septembre 2016, met le feu aux poudres. A la lecture du document, l’association Rubresus et le collectif de riverains Colère voient rouge. Selon eux, TDN vaporiserait dans l’air, toutes les heures, 40 000 mètres cubes de rejets d’oxydes d’azote, de composés organiques volatils (benzène, phtalate…) et des particules fines. « Ce projet est inconsidéré, fulmine André Bories. Pour nous, une inconnue demeure : où va la radioactivité ? Seuls des essais pilotes ont été effectués sur des solutions nitratées sans élément radioactif, s’alarme-t-il. Orano fera des 55 000 Narbonnais des cobayes. »

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