Economie

vingt-quatre heures de la vie d’un administrateur judiciaire

Maître Eric Etienne-Martin (au centre), associé au sein du cabinet d’administrateurs judiciaires AJ UP, avec son équipe, à Lyon, le 4 mai 2021.

Ce mardi de la fin d’avril, confinement et vacances scolaires ont plongé le quartier de bureaux autour de la Part-Dieu, à Lyon, dans une torpeur digne d’un 15 août. Mais, à l’inverse des Lyonnais qui semblent avoir déserté la ville, Eric Etienne-Martin est « descendu » de Saint-Etienne, où il réside, pour une journée chargée. Associé au sein du cabinet d’administrateurs judiciaires AJ UP, qu’il a créé en 2017, il doit conduire deux réunions avec les dirigeants de sociétés en procédure de sauvegarde afin de préparer les prochaines audiences au tribunal de commerce.

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A 10 h 30, tout est en place pour la première réunion autour de Dominique L. (le prénom a été modifié), patron d’une entreprise industrielle confrontée à une double difficulté. Manifestement tendu, celui-ci est venu accompagné de son experte-comptable, qui va mener les discussions. Son avocat est également présent, en visioconférence. La société de Dominique L. évolue sur un marché en déclin et peine à compenser la perte de chiffre d’affaires consécutive à cette baisse structurelle d’activité, avec 300 salariés. La crise liée au Covid-19 n’a rien arrangé.

Se faire accepter par des dirigeants qui n’ont pas choisi leurs interlocuteurs est l’un des enjeux de ce métier

De surcroît, il est en conflit avec l’ancien actionnaire de son entreprise, qui estime que le prix de cession a été sous-valorisé et réclame aujourd’hui des sommes importantes à titre de complément. Une procédure de sauvegarde a été ouverte en novembre 2020, dans la douleur. Le dirigeant aurait préféré régler ses difficultés sans passer par la case tribunal de commerce. « Je lui ai dit : “Ce n’est pas une procédure amiable qu’il vous faut, c’est une procédure judiciaire”, relate Me Etienne-Martin. Cela a été très difficile de lui faire entendre. »

Se faire accepter par des dirigeants en grande difficulté et qui n’ont pas choisi leurs interlocuteurs est l’un des enjeux de ce métier, qui souffre parfois d’une réputation sulfureuse. « Avoir recours à l’administrateur judiciaire, c’est une boîte à outils comme une autre, qu’il faut dédramatiser, explique-il. Mais les dirigeants ont peur. Ils se disent : “Je vais perdre le contrôle, ils vont vendre ma boîte, je ne sais pas quels intérêts ils servent…” »

Trouver des solutions concertées

Dominique L. l’admet, c’est bien de la méfiance qu’il a ressentie au départ. « J’ai eu le sentiment de mettre le doigt dans un engrenage et de perdre mon autonomie », confie-t-il. « Mais les discussions en amont m’ont rassuré. J’ai compris, après quelques jours de réflexion, que c’était la bonne voie. On a décidé d’y aller. Quatre mois après, on a fait le bon choix, on est en capacité de trouver des solutions et de travailler sur la restructuration de la société. »

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