Santé

6 patients hospitalisés sur 10 souffrent encore d’au moins un symptôme après 6 mois


Face à cette problématique de la « Covid longue », les scientifiques s’interrogent toujours sur ce nouveau virus du SARS-CoV-2 et sur les conséquences à long terme de la maladie qu’il cause. Dans une étude, les investigateurs de la cohorte French Covid, promue par l’Inserm montrent que 60 % des patients hospitalisés présentent au moins un symptôme après 6 mois leur infection. 

Est-il possible de présenter des symptômes de Covid-19 plusieurs mois après avoir été infecté par le Sars-CoV-2 ? Combien de temps les symptômes de la Covid-19 peuvent-ils persister après une hospitalisation pour cette infection ? Le sujet de la « Covid longue » questionne toujours la communauté scientifique et médicale. Elle est au cœur de plusieurs travaux de recherche, notamment ceux menés par les investigateurs de la cohorte French Covid, promue par l’Inserm qui montrent dans une nouvelle étude publiée dans le journal CMI, qu’une proportion importante de patients ayant été hospitalisés et suivis dans le cadre de French Covid présentent encore des symptômes 3 et 6 mois après l’infection.

Lancée fin janvier 2020, French Covid est une étude de cohorte française promue par l’Inserm, regroupant ces chercheurs et chercheuses de l’Inserm, de l’AP-HP et d’Université de Paris. Elle repose sur le suivi d’un large groupe de patients ayant développé une forme clinique de la maladie qui nécessitait une hospitalisation, soit dans un service de médecine, soit en réanimation. Au 17 mars 2021, 4.310 patients avaient été inclus dans cette cohorte, la plus large cohorte française à l’heure actuelle de patients hospitalisés pour une infection par le SARS-CoV-2.

Ces travaux suggèrent que 60 % des patients sont toujours affectés par au moins un symptôme six mois après infection et un quart d’entre eux par trois symptômes ou plus

Pour chaque participant, des données cliniques, virologiques, immunologiques, génétiques, sérologiques et transcriptomiques sont collectées afin de mieux caractériser la maladie. L’objectif est d’accumuler des connaissances sur la Covid-19, notamment sur les formes les plus graves afin d’améliorer la prise en charge dans les cas où l’hospitalisation s’impose. Il s’agit aussi de mieux appréhender le devenir des patients à court et à long terme en s’intéressant à la possible persistance de symptômes dans les mois qui suivent le diagnostic.

Quels sont les les symptômes persistants de la Covid longue ?

Dans leur nouvelle étude, l’équipe décrit la fréquence et la nature de symptômes persistants chez 1.137 patients issus de French Covid, évalués lors de visites de suivi à 3 et 6 mois après l’hospitalisation pour Covid-19. Ces travaux suggèrent que 60 % des patients sont toujours affectés par au moins un symptôme six mois après infection et un quart d’entre eux par trois symptômes ou plus.

Par ailleurs, 2 % des patients ont dû être hospitalisés à nouveau. Une sensation importante de fatigue, des gênes respiratoires et des douleurs musculaires et articulaires comptaient parmi les manifestations cliniques persistantes les plus fréquemment rapportées lors de ces visites de suivi. Une corrélation entre la sévérité initiale de la maladie et la persistance à long terme de symptômes semble également se dessiner.

Les femmes semblent plus à risque de souffrir de symptômes persistants dans la durée

En effet, la persistance d’au moins 3 symptômes six mois après l’infection est plus fréquente chez les personnes dont la maladie Covid-19 a nécessité un séjour en réanimation par rapport à ceux qui ont été hospitalisés dans un service de médecine, et chez les patients les plus symptomatiques le jour de l’admission à l’hôpital. Les chercheurs observent aussi des différences de genre : si les hommes sont plus à risque de faire des formes graves, les femmes semblent plus à risque de souffrir de symptômes persistants dans la durée.

Le difficile retour à la vie active

L’étude souligne enfin que ces formes de « covid longue » ont parfois aussi des conséquences plus larges, au niveau économique et social. Ainsi, parmi les patients qui rapportent des symptômes à 6 mois et qui exerçaient une activité professionnelle lorsqu’ils ont été infectés, un tiers n’est pas retourné travailler. Pour mieux comprendre les conséquences du virus sur l’organisme et l’impact à long terme de la maladie, et surtout pour mieux prendre en charge les patients, poursuivre ce suivi au-delà de 6 mois sur une population encore plus large pourrait présenter un intérêt certain.

« Les mécanismes à l’origine de cette persistance des symptômes, alors que l’organisme s’est débarrassé du virus, ne sont toujours pas clairs. Nous allons poursuivre le suivi des patients inclus dans French Covid jusqu’à 18 mois après l’infection, en proposant également des tests évaluant les fonctions neuro-cognitives», souligne Jade Ghosn, coordinateur de la cohorte, PU-PH Université de Paris et professeur au sein du service des maladies infectieuses et tropicales de l’Hôpital Bichat Claude-Bernard AP-HP.

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