Economie

Puces électroniques : la démondialisation impossible

Fabrication d’une puce électronique dans une usine chinoise de Nantong (Jiangsu), près de Shanghai, le 17 mars 2021.

Analyse. Une guerre pour des puces ? Ce petit carré de silicium finement gravé, de la taille d’un ongle, est désormais brandi comme un trophée à conquérir par les grands de ce monde. Joe Biden à Washington, Xi Jinping à Pékin, Thierry Breton à Bruxelles… chacun en fait la condition de son indépendance future. Il faut dire que cet objet, apparu aux Etats-Unis au seuil des années 1960, est aujourd’hui, en valeur, le troisième bien le plus échangé sur la planète après les produits pétroliers et l’automobile. Il est surtout la brique de base de la civilisation numérique dans laquelle nous entrons, comme l’acier et le charbon ont forgé la révolution industrielle du XIXe siècle et le pétrole celle du XXe. Trois facteurs se sont combinés pour enflammer le monde politique : la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, la crise sanitaire et son cortège de pénuries et de plans de relance, et enfin l’incroyable niveau d’intégration mondiale de cette industrie.

C’est Donald Trump qui a allumé la mèche, en mai 2019, en décrétant un embargo sur les produits de l’entreprise chinoise Huawei, étendu progressivement à tous ses fournisseurs dans le monde utilisant du matériel américain. En visant le numéro un mondial des équipements de télécoms et le fleuron high-tech de la Chine, le président américain a mis brutalement à plat toute l’architecture de cette industrie, patiemment construite depuis quarante ans.

Analyse : Les puces électroniques, nerf de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis

Celui qui en parle le mieux, c’est Morris Chang. Ce vieux sage de 89 ans est l’assurance-vie de Taipei face à l’appétit de Pékin. Diplômé aux Etats-Unis après avoir fui la Chine, il a accompli toute sa carrière dans l’industrie électronique américaine naissante. En 1987, à 56 ans, il est recruté par Taïwan pour transformer ce pays producteur de tee-shirts et de bicyclettes en un fournisseur de technologies, à l’instar du Japon voisin. Il fonde la société TSMC avec deux idées en tête : devenir un sous-traitant mondial d’électronique, sans marque propre, et sacrifier ses profits pour construire des barrières technologiques toujours plus élevées afin d’éliminer la concurrence.

Course à la spécialisation forcenée

Une philosophie qui collait parfaitement à un domaine où, selon la loi de Gordon Moore, l’un des fondateurs d’Intel, la capacité d’un composant double tous les deux ans à prix égal. Pour suivre le rythme, les stars de la Silicon Valley doivent choisir entre investir dans la conception ou dans la fabrication. Dessiner une nouvelle puce coûte plusieurs milliards de dollars, une seule usine dix milliards de plus, à renouveler tous les trois à cinq ans. L’intensité capitalistique est telle qu’elle doit être amortie sur une très grande échelle. Comme le rappelle Jean-Marc Chéry, le patron du fabricant franco-italien STMicroelectronics, il faut investir un milliard pour produire un milliard de chiffre d’affaires.

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