Economie

portrait photo de la France des « trente glorieuses »

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Publié aujourd’hui à 10h24

C’est une scène d’anthologie du film Playtime de jacques tati : Monsieur Hulot, gaffeur impénitent rétif aux normes, se perd dans le dédale des bureaux identiques d’une grande entreprise. Impossible de ne pas songer au film de 1967 et au sourire en coin du cinéaste en regardant les photos du fonds Heurtier, exposées à la biennale de la photographie du patrimoine industriel Usimages, organisée jusqu’au 20 juin par la communauté d’agglomération Creil Sud Oise (ACSO).

Fou de photo et d’aviation, Bernard Heurtier, comptable de profession, fonde en 1961 à Rennes une agence de « photographie industrielle, aérienne, décorative et publicitaire en noir et en couleur ». Comme l’indique son slogan, les « opérateurs-tireurs » qu’il embauche n’ont pas d’ambition artistique. Rapides, précis et rigoureux, ils manient comme personne les chambres format 13 × 18 cm. Près de deux décennies durant, jusqu’en 1976, ces techniciens consciencieux sillonnent le Grand Ouest pour documenter le développement du secteur tertiaire et des chantiers industriels, répondant ainsi aux commandes de la société d’assurance MAAF, de l’agence régionale du Crédit agricole comme de la direction des impôts.

Une société en ordre de marche

L’ensemble des 27 000 tirages et négatifs conservés par le Musée de Bretagne, à Rennes, offre un instantané précieux de régions rurales alors en mutation économique. En creux, apparaît aussi une radiographie surannée de la France au travail pendant les « trente glorieuses », lorsqu’une croissance économique inédite réveillait, en contrecoup, de furieuses envies d’émancipation individuelle.

La visite de ces bureaux, c’est l’image inversée des yéyés et de la petite robe vichy de BB. Ici, les sténos et leur sage mise en pli face au petit chef. Plus loin, les standardistes alignées comme à la parade. L’hôtesse d’accueil accueille ; les archivistes en blouse de travail n’ont guère le temps de sourire derrière leurs lunettes. Faire basculer la France dans la modernité est une affaire sérieuse.

A la MAAF, société d’assurances, de Chauray, juin 1972

Chacun à sa place, les femmes notamment, programmées pour exceller dans des rôles subalternes – « une avancée malgré tout à une époque où tant d’elles restent cantonnées au foyer », rappelle toutefois Laurence Prod’homme, conservatrice au Musée de Bretagne. Sur les images, elles assistent les cravatés qui décident, prennent en note les pensées patronales. La subordination est marquée dans les attitudes, mais aussi dans les objets. Attachés-case pour les uns, machines à écrire pour les autres. Aux décideurs, les bureaux individuels, sobrement impersonnels. Aux exécutants, les espaces collectifs animés par le cliquetis des claviers. Dans ce monde, celui des employés, la transversalité et l’autonomie ne sont pas au programme des conquêtes sociales.

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