Economie

La situation kafkaïenne de certains demandeurs du fonds de solidarité

« J’ai des factures en retard, un fournisseur à payer fin mai, je ne sais pas comment je vais faire », s’angoisse Laurentine, esthéticienne de 32 ans qui en a perdu le sommeil. Elle n’a touché aucune aide depuis le deuxième confinement, fin octobre. « Chaque mois, je fais une demande de fonds de solidarité qui est rejetée automatiquement par l’ordinateur, raconte Thierry, 39 ans, chauffeur VTC dans le Val-d’Oise. A force d’insister, j’ai réussi à joindre quelqu’un. On me dit que mon dossier est en attente, confié à un instructeur. Quel délai pour la réponse ? On ne sait pas me dire. Mais moi je ne paye plus mon loyer depuis deux mois ! »

Edouard, 45 ans, moniteur de ski en Savoie, se dit « épuisé ». Après des mois de démarches, il vient seulement de percevoir une aide au titre du mois de janvier, la première depuis six mois. « On m’a tout demandé : bordereaux Urssaf, livres de compte… Ça s’apparente vraiment à un contrôle fiscal. Là, je conduisais sans assurance, je ne paye plus EDF et j’ai déjà trois échéances de crédit en retard, bientôt quatre. Ça prend des proportions énormes…  »

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« Trous dans la raquette »

Ils sont les « exceptions qui confirment la règle », les « trous dans la raquette », « ceux qui ont été laissés au bord de la route et qui voudraient bien remonter dans le bus », grincent-ils, en allusion à l’expression du gouvernement pour rappeler l’esprit du « quoi qu’il en coûte ».

Des entrepreneurs indépendants qui n’avaient eu aucun problème pour toucher le fonds de solidarité dans sa première version, au printemps 2020. Pour ceux que Le Monde a pu interroger, le système s’est souvent grippé à l’automne, lors du deuxième confinement. A cette époque, le fonds de solidarité, qui consistait jusque-là en une aide assez simple (jusqu’à 1 500 euros), se complexifie pour indemniser davantage les entreprises, en fonction de leur perte de chiffre d’affaires.

Il y a plus d’argent en jeu, les garde-fous sont renforcés pour limiter la fraude. Des filtres automatiques vont rapprocher les données déclarées dans le formulaire en ligne de demande de fonds de solidarité de celles connues par l’administration fiscale. Si aucune anomalie n’est repérée, le demandeur reçoit son aide en 6,4 jours en moyenne, selon la direction générale des finances publiques (DGFIP). Mais si une anomalie apparaît, souvent dans le secteur d’activité ou le montant du chiffre d’affaires, s’engage alors une procédure d’instruction spécifique.

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