Economie

Face à la souffrance mentale, les PME manquent de temps, de formation et de ressources

« Certaines entreprises ont pu prendre le temps de se pencher sur la souffrance mentale des équipes, portées par une culture d’entreprise sensible aux problématiques de santé, ou bénéficiant d’une situation économique favorable. »

« C’est une épreuve. » Assistante de direction dans le secteur du bâtiment, Christelle (le prénom a été modifié) est en télétravail depuis mars 2020. Les débuts ont été laborieux, reconnaît-elle, avec la prise en main délicate de logiciels qu’elle ne maîtrisait pas. « Les tâches quotidiennes sont par ailleurs bien plus difficiles à réaliser. Des dossiers sont restés au bureau. Et, pour certaines questions, il faut contacter des collaborateurs qui ne sont pas toujours réactifs. » C’est, en conséquence, « beaucoup de stress, sans bénéficier de réels appuis dans l’entreprise », explique Christelle, qui se dit « épuisée nerveusement ».

Son cas n’est pas isolé. Car si certaines PME ont démontré de réelles capacités d’adaptation durant la crise sanitaire, beaucoup ont rencontré d’importantes difficultés organisationnelles, avec un déploiement du télétravail à marche forcée, bien souvent vecteur de risques psychosociaux. « Elles n’avaient souvent pas d’expérience de la gestion à distance, explique Jérôme Chemin, secrétaire général adjoint CFDT Cadres. Des salariés se sont donc retrouvés seuls devant leur écran, à la manière des autoentrepreneurs. A charge pour eux de tout gérer, la technique comme l’opérationnel. » Olivier Coldefy, psychologue expert, relève pour sa part que « l’incivilité numérique, la pression par mail ont connu une augmentation et n’ont pas réellement été pris en compte ».

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Cette situation conjoncturelle délicate se surimpose à un état de fait plus structurel : « Il existe dans les petites entreprises un déficit de prévention des risques psychosociaux, notamment en raison d’un manque de temps ou de ressources », explique Loïc Lerouge, du Centre de droit comparé du travail et de la sécurité sociale, qui a dirigé l’ouvrage Les petites Entreprises face aux risques psychosociaux au travail (Octares Editions). L’organisation même des PME y contribue : « Si une structure RH existe, elle sera surtout concentrée sur les questions administratives ou le recrutement », note M. Chemin. Autre point faible des PME, à ses yeux : « Beaucoup de leurs dirigeants ne sont pas formés au sujet. »

Un élan brisé

Des dirigeants que les fortes turbulences nées de la crise due au Covid-19 ont éloigné un peu plus du dossier de la santé psychique. « Nous sommes concentrés sur la sauvegarde économique de l’entreprise, explique un cadre supérieur d’une chaîne de magasins. Notre priorité n’est donc pas aujourd’hui la question du bien-être des salariés. »

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