Politiques

Quarante ans après l’élection de François Mitterand, ces éternels militants font le bilan

De gauche à droite : François Beaujeu, Jean-Pierre Hondet et René Bokobza, militants PS de la section du 5e arrondissement de Paris.
De gauche à droite : François Beaujeu, Jean-Pierre Hondet et René Bokobza, militants PS de la section du 5e arrondissement de Paris. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

C’est au rez-de-chaussé d’un immeuble, dans un local petit et discret, que se trouve la section PS du 5e arrondissement de Paris. À l’entrée, une grande photo de François Mitterrand est accrochée au mur. Trois éternels électeurs de l’ex-président visionnent des images du soir de l’élection du premier président socialiste de la Ve République, en 1981. Et se souviennent de la foule, place de la Bastille, à Paris. “C’est vrai que ça fait chaud au cœur”, reconnaît François Beaujeu. Âgée aujourd’hui de 76 ans, ce militant socialiste – depuis 2002 – avait bien sûr voté Mitterrand à l’époque.

“C’était l’impression que les gens du château avaient été virés, quoi. On se sentait comme dans un flot qui peut faire sauter les digues.”

François Beaujeu, militant PS

à franceinfo

À ses côtés, René Bokobza, 88 ans, et Jean-Pierre Hondet, 75 ans. Tous deux militants socialistes depuis 1973 ont fait la campagne de Mitterrand en 1974 et 1981. “La Bastille, il pleuvait, on était trempés et puis on est rentrés à la maison et on a fait la bamboula jusqu’à 3 heures du matin chez moi, se souvient René Bokobza. Mais quand même, ce soir-là, je me suis dit : au boulot.” Jean-Pierre Hondet, lui, est resté froid “parce que je me suis dit : ça y est, maintenant, on est au pied du mur. C’est sérieux. Est-ce qu’on est prêt ? Je ne crois pas, mais j’espère… Il s’agissait pour moi de transformer la société.” Jean-Pierre ne s’est pas senti grisé par cette victoire. “Au contraire. J’étais grave. Je sentais que la situation était sérieuse et que ça allait être difficile.”

C’était bien vu de la part de Jean-Pierre Hondet. Le premier mandat de François Mitterrand est notamment marqué par la première cohabitation avec la droite, en 1986. Il y a eu des hauts et des bas. “Pour moi, la réussite, ça a été la poursuite de la construction européenne, reconnaît Jean-Pierre Hondet. On a empêché la déliquescence complète de l’industrie française grâce aux nationalisations.” Mais pour François Beaujeu, “ça n’a pas été un champ de roses parce qu’il a fallu fermer des établissements, des régions entières ont été désindustrialisées.” De son côté, René Bokobza retient “l’abolition de la peine de mort”.

Et quels échecs ? “Pour moi, ça a été le tournant de la rigueur”, souffle Jean-Pierre Hondet. Un changement radical de politique économique, décidé en mars 1983 par François Mitterrand. “Il n’était pas fort en économie, Mitterrand… Un homme d’Etat, un vrai, mais ce n’était pas un économiste”, poursuit François Beaujeu.

“L’échec, c’est qu’il n’y a pas eu assez de justice sociale, même si elle a progressé.”

Jean-Pierre Hondet, militant PS

à franceinfo

Sous les yeux de François Beaujeu, les images de l’investiture de François Mitterrand défilent. Nous sommes le 21 mai 1981, c’est la visite du nouveau président au Panthéon. Une marche interminable dans la plus pure tradition d’un République aux accents monarchiques. “François Mitterrand se dégage de la foule. Deux roses à la main, il pénètre, seul, à l’intérieur du Panthéon, raconte FR3 dans le compte-rendu de la cérémonie. L’orchestre de Paris joue maintenant l’Hymne à la joie. Le président de la République va se recueillir devant les tombeaux de Jean Jaurès et du résistant Jean Moulin.”

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“On a l’impression qu’on retrouve quelque chose à gauche du souffle de De Gaulle”, se souvient François Beaujeu. Jean-Pierre Hondet acquiesce : “Ça avait du souffle, ça avait de la gueule… avec une petite réserve : c’est beaucoup de spectacle.”

Quarante ans plus tard, ces militants l’avouent, les lendemains déchantent. “La direction actuelle, c’est ce que j’appelle, moi, les enfants gâtés de l’après- Mitterrand, grogne René Bokobza. Ils ont mis les pieds sous la table, il y avait un bon repas servi et ils ont bien bouffé sans rien faire d’efforts pour adapter la doctrine et le comportement.”

“On est inaudible. On n’a pas fait évoluer le parti comme la société française. On est un parti sclérosé.”

René Bokobza, militant PS

à franceinfo

Pour François Beaujeu, le Parti socialiste a “un devoir, celui de réussir cette transition écologique dans la justice sociale. Parce qu’il y a une écologie de droite aujourd’hui.” Mais pour Jean-Pierre Hondet, le problème majeur, c’est que “la gauche n’a pas de leader crédible.” En 1981, le slogan de François Mitterrand était “La force tranquille” ou “Changer la vie”. En 2021, pour le Parti socialiste, quel pourrait être le bon slogan gagnant, selon eux ? Ils sont unanimes : “Une république sociale et écologique”.

À gauche, pour la présidentielle de 2022, on n’y est pas encore. Le Parti socialiste peut-il gagner ? Les chances sont faibles, estime François Beaujeu. Mais il ajoute : “Qui pariait sur Emmanuel Macron en mai 2016 ?” Jean-Pierre Hondet rappelle que “l’avenir est imprévisible et que tout est (presque) toujours possible en politique.” René Bokobza lui ne baisse pas les bras : “Seules sont perdues d’avance les batailles qu’on ne livre pas.” Accroché à sa canne, il est prêt à repartir au combat. Comme en 1981.


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