Economie

La bataille des livreurs sans papiers de Frichti se poursuit aux prud’hommes

Son rêve : « Travailler et payer des impôts. » Mais, pour le moment, Mickaël (son prénom a été modifié) survit grâce à des petits boulots, qui lui rapportent « 300 ou 500 euros par mois ». Sans être déclaré, car Mickaël, venu de Côte d’Ivoire en 2018, est un travailleur sans papiers. Il fait partie de ces quelque deux cents livreurs clandestins mis à la porte du jour au lendemain par Frichti, la plate-forme française de livraison de repas, quelques heures après la publication, le 1er juin 2020, dans Libération, d’un article sur un livreur sans papiers travaillant pour un sous-traitant de la plate-forme, et non payé depuis deux mois.

Des exclusions express que l’auteur de l’article, le journaliste Gurvan Kristanadjaja, qualifie de « tristes dommages collatéraux de [son] enquête », dans son livre Ubérisation, piège à cons !, paru à la fin d’avril (252 pages, Robert Laffont). Pris de panique, Frichti avait décidé de contrôler tous ses livreurs, en leur demandant de présenter un titre de séjour ou un passeport européen. Plus de 200 livreurs, tous Africains, se sont ainsi retrouvés sur le carreau. Parmi eux, 66 sont passés, jeudi 29 avril, devant le bureau de conciliation et d’orientation du conseil de prud’hommes de Paris, où 15 autres dossiers sont en cours.

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A l’instar d’autres livreurs de plates-formes comme Deliveroo et Uber Eats, Mickaël et ses ex-collègues de Frichti, déclarés comme autoentrepreneurs, réclament la reconnaissance de l’existence d’un contrat de travail avec l’entreprise de livraison et la remise de leurs bulletins de paie, ainsi que des indemnités pour travail dissimulé et pour d’autres préjudices. Des revendications qui prennent un sens particulier chez ces travailleurs puisque les fiches de paie leur permettront, sous certaines conditions, d’engager une procédure de régularisation.

« Preuves audio » de pressions

« Avec Frichti, on va encore plus loin dans le lien de subordination et la participation à un service organisé qu’avec Uber et Deliveroo, estime Kevin Mention, l’avocat des livreurs. Des tournées de livraison sont organisées en fonction d’un planning. Les livreurs sont payés 5 euros de l’heure, auxquels s’ajoutent des primes. Ils viennent chercher les repas dans les hubs, où ils doivent pointer et apporter un justificatif s’ils sont en retard. Il y a des managers dans les hubs pour les surveiller. Ils doivent porter la tenue siglée Frichti, sont géolocalisés en permanence et classés par niveau en fonction de certains critères. Pour grimper d’un niveau, il faut accepter de travailler sous la pluie, par exemple. »

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