Economie

Le « paradoxe » du fait religieux en entreprise

La tendance s’affirme. En France, « deux réalités du fait religieux en entreprise cohabitent ». Dans une très large majorité des cas, la pratique religieuse des salariés crée peu de problèmes. A l’inverse, dans une minorité de situations, les difficultés posées par une pratique affirmée sont de plus en plus complexes. C’est ce que souligne l’édition 2010-2021 du Baromètre du fait religieux en entreprise (qui existe depuis 2013), publiée le 6 mai par l’Institut Montaigne.

En France, plus des deux tiers des entreprises sont concernées, de façons différentes, par la question du religieux au travail. Une dynamique plutôt stable depuis 2016. « Il s’agit le plus souvent de demandes d’absences ou d’aménagement de plannings, ou encore de port de signes religieux visibles », écrit l’auteur, Lionel Honoré, professeur des universités à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Brest et directeur de l’Observatoire du fait religieux en entreprise.

Ces préoccupations sont principalement liées à l’islam (dans 73 % des cas observés) et, dans une moindre mesure, au catholicisme (20 %), au judaïsme (15 %) et au protestantisme évangélique (13 %). Les musulmans et les évangéliques sont « les plus visibles ». Les premiers dans une proportion bien plus importante que les seconds, dont les manifestations de religiosité insistantes, qui apparaissent pour la première fois dans les radars de l’étude, restent encore très « marginales ». « Il faut toutefois souligner que le fait religieux le plus fréquent est invisible : la majorité des pratiquants, et ce quelle que soit leur religion, ne laissent pas voir sa religiosité au travail », relève en préambule Lionel Honoré.

Archives : « Dans la grande majorité des cas, la religion pose peu de problèmes au travail »

Peu de problèmes et peu de tensions

Dans la très grande majorité des situations (85 %), l’articulation entre le fonctionnement de l’entreprise et la pratique religieuse pose peu de problèmes et se fait « de manière intelligente, pragmatique et apaisée », souligne l’auteur. Les salariés croyants ne donnent pas toujours de raison religieuse à une demande.

Même le port du voile génère peu de tensions. « Les salariés comme les manageurs savent de mieux en mieux ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas », commente M. Honoré ; 50 % des situations nécessitent une intervention managériale, et dans un cas sur cinq, cela se traduit par des conflits, une « évolution en pente douce » depuis 2013.

A la marge (15 %), des problèmes réels surgissent. Certains relèvent de logiques d’affrontement et d’intolérance, les demandes se transforment alors en revendications. Il peut s’agir de comportements discriminants envers les femmes ou les personnes qui ne pratiquent pas la même religion, et le refus de réaliser des tâches. Des attitudes « rigoristes » perçues comme « inacceptables » et en augmentation par rapport à 2019 : 12 % cette année, contre 8 % il y a deux ans. « C’est le paradoxe de ces évolutions, note l’auteur. D’un côté, la majorité des cas ne pose pas ou peu de problèmes, les questions se règlent de manière apaisée. De l’autre côté, dans une minorité de cas, la situation s’est aggravée et se tend. »

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