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6h de Spa – WEC : comment Michelin a conçu les pneus sans voir les voitures

Depuis cette saison, le championnat du monde d’Endurance accueille une nouvelle catégorie baptisée Hypercar. Elle met en scène des prototypes moins performants que les LMP1 de l’année dernière, mais permet de faire la course pour moins cher, avec un règlement technique plus simple. Pour le moment, seulement trois équipes sont engagées : Toyota, Glickenhaus et Alpine. Mais arriveront bientôt Peugeot, Porsche, Audi, Ferrari et peut-être d’autres.

Pour cette nouvelle catégorie, équipée en exclusivité par Michelin, il a fallu créer des nouveaux pneus, dans un laps de temps assez court et en pleine crise sanitaire. Michelin s’est alors attelé au sujet uniquement en faisant tourner ses ordinateurs. Ses nouveaux pneus « Endurance » sont les premiers à avoir été conçus entièrement sur simulateur, avec et sans pilote, et en l’absence de véhicule, physique ou conceptuel. Grâce à la puissance des systèmes de développement et de simulation du manufacturier auvergnat, mais aussi à l’expertise de ses ingénieurs, tout s’est fait très rapidement et assez naturellement.

Ce travail est d’autant plus osé, que les dimensions dédiées à la catégorie Le Mans Hypercar sont toutes les deux nouvelles. Les Toyota GR010 Hybrid utilisent des pneus de dimension 31/71-18 à l’avant comme à l’arrière, quand les autres voitures utilisent des nouvelles dimensions dans le monde de l’Endurance : 29/71-18 à l’avant, et 34/71-18 à l’arrière. Cette différence s’explique par les écarts de répartition des masses entre avant et arrière, suivant la technologie embarquée. Pour rappel, les Toyota GR010 Hybrid sont les seules à faire appel à un système électrifié, en complément de son bloc thermique.

=> Les secrets de la Toyota GR010

Pour la conception de ses nouvelles gommes, Michelin est passé d’une approche itérative mariant expérience, simulation, machines et tests de véhicules en piste, à une démarche de conception 100 % virtuelle. Une première dans le monde du sport automobile, et qui pourrait donner lieu à des expériences similaires pour le développement des pneus de série.

Photo : Michelin

« C’est une nouvelle manière de travailler et d’envisager le développement d’un pneu, indique Pierre Alves, manager de Michelin en Endurance. Jusqu’à présent, on démarrait bien sûr sur ordinateur, mais on faisait ensuite des essais sur circuit pour faire les derniers ajustements. Puis le règlement Hypercar est arrivé au moment du premier confinement, et on s’est dit que c’était le moment d’essayer ce à quoi nous avions déjà réfléchi, mais jamais enclenché. On n’avait jamais fait ça, mais tout a parfaitement fonctionné ! »

Premiers tests avec Toyota

Quand le constructeur japonais a décidé d’organiser une simulation de course de 30 heures, il y a quelques semaines, il lui fallait bien entendu des pneus… « On est arrivés au Paul Ricard avec nos pneus dans nos camions, sans jamais avoir vu la voiture sur laquelle ils allaient être montés, continue Pierre Alvès. On n’en menait pas large, d’autant que Toyota démarrait aussi son programme d’essais. Or, il s’est avéré qu’on a fourni les bons pneus tout de suite, que les voitures ont pu atteindre leur fenêtre de performance très rapidement. Nous avons reçu les félicitations de Pascal Vasselon, le directeur technique de Toyota, et cela nous a rassurés. On a fait tout bon du premier coup, et c’est pour nous une énorme satisfaction. »

La suite, on la connait, ou presque : tous les acteurs du championnat se sont retrouvés sur le circuit de Spa-Francorchamps en début de semaine dernière, pour deux jours de prologue. Puis les essais libres le jeudi, les qualifications le vendredi et la course le samedi, ont donné le ton de ce début de saison. Entre les premiers tours de roue et la pole position, réalisée par une Toyota, il y avait 4 secondes d’écart. Signe que les essais ont été concluants.

Toutefois, si le règlement technique des voitures est figé pour cinq ans, ce n’est pas le cas de celui du pneu. « Après les tests avec Toyota, on a juste fait un petit ajustement de balance entre avant et arrière mais on aurait pu y aller comme ça », termine Pierre Alves. « Mais on sait déjà que nous introduirons des évolutions pour la saison 2022 car les voitures actuelles vont progresser et d’autres marques vont arriver. Par ailleurs, c’est impossible d’avoir les mêmes pneumatiques pendant cinq ans. Ensuite, on pense qu’on fera des évolutions tous les deux ans. Aujourd’hui, le WEC comprend six courses sur des circuits que l’on connaît. Demain, on ne sait pas où nous irons et pour développer un pneu, il faut regarder où il va rouler, documenter les spécificités de chacun des lieux de la saison afin d’avoir une vue d’ensemble. C’est important car cela conditionne tout le développement »

Des observations et des programmations que les ordinateurs ne savent pas encore faire à la place de l’humain. Enfin, pas encore…

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