Economie

des assureurs en mal de prévoyance

Editorial du « Monde ». En théorie, la prévoyance constitue le cœur de métier de l’assurance. Pourtant, les compagnies en ont cruellement manqué dans la façon de veiller à leur réputation depuis le déclenchement de la pandémie de Covid-19.

Accusés de rechigner à accompagner leurs clients dans la crise, les assureurs se retrouvent en porte-à-faux avec l’image qu’ils tentent de projeter à longueur de campagnes publicitaires. Après avoir accumulé les maladresses et les calculs froids, le secteur est plongé au cœur d’une polémique d’autant plus difficile à éteindre qu’elle a fini par prendre un tour politique.

La fronde est partie des petits commerçants, cafetiers et hôteliers-restaurateurs, qui ont fait l’objet de fermetures administratives afin d’endiguer la propagation du virus. Certains des contrats souscrits par ces entrepreneurs prévoyaient, de façon plus ou moins explicite, le risque de pandémie. Mais les assureurs affirment que la crise sanitaire actuelle relève d’un type particulier de sinistre touchant simultanément l’ensemble des entreprises d’un domaine d’activité et que, de fait, il est financièrement impossible de couvrir ce risque.

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Le message a eu d’autant plus de mal à passer que les compagnies ont manqué d’empathie vis-à-vis de certains de leurs clients. Il y a quelques jours, pour toute réponse à leurs difficultés, des milliers de PME ont reçu un avenant à leur contrat excluant explicitement le risque pandémique, tandis que des hausses de tarif étaient envisagées.

Désamorcer les incompréhensions

Les assureurs ont eu beau rappeler qu’ils avaient versé 400 millions d’euros au fonds de solidarité en faveur des entreprises et des indépendants et que la crise les oblige à rembourser 2 milliards d’euros de sinistres supplémentaires, ces arguments sont devenus inaudibles. Durant la période, l’opinion publique a surtout retenu que les cotisations ne baissaient pas, malgré la chute des dépenses de santé hors Covid et le recul du nombre d’accidents automobiles à cause du confinement.

Faute de faire à temps les quelques gestes qui auraient permis de désamorcer les incompréhensions, les assureurs ont attendu d’être mis au pied du mur par le gouvernement, lui-même mis sous pression par l’opposition. Menacées d’être taxées, les compagnies ont finalement consenti, lundi 7 décembre, à geler les cotisations d’assurance-multirisque professionnelle.

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La mesure, qui concerne les PME de moins de 250 salariés, a été élargie au-delà de l’hôtellerie-restauration pour concerner également les secteurs de l’événementiel, du tourisme, du sport et de la culture. L’effort reste malgré tout modeste, car limité à 2021. Evalué à « plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de millions d’euros » par Bercy, il est largement inférieur au 1,2 milliard d’euros qui devait être ponctionné grâce à la taxe brandie par le gouvernement.

Ce gel aurait eu sans doute plus d’effets s’il avait été obtenu spontanément. Aussi, pour restaurer leur image, qui a été écornée, les assureurs doivent aller plus loin. Le gouvernement a donné des pistes en incitant par exemple les compagnies à continuer à couvrir en 2021 les PME, même si ces dernières tardent à payer leurs cotisations.

En revanche, un système d’assurance-pandémie sur la base d’un partenariat public-privé a été écarté, beaucoup d’entreprises considérant la formule trop coûteuse. Il est enfin urgent de promouvoir une médiation de l’assurance sur le modèle de celle du crédit. Plus de dialogue et de prévoyance aurait probablement évité au secteur de se retrouver au coeur dela tempête.

Le Monde


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