Economie

« la Côte d’Ivoire et le Ghana à l’offensive contre les multinationales Hershey et Mars »

Une plantation de cacaoyers, près de Sinfra, en Côte d’Ivoire, en octobre 2019.

Matière première. Les planteurs de cacao africains vont-ils croire encore au Père Noël ? Pourtant, en cette saison festive, les confiseries au chocolat dégoulinent en rayons dorés dans les magasins. Prêtes à séduire le client gourmand désireux de s’offrir un petit plaisir sucré. Mais cette brillante vitrine cache une arrière-boutique plus sombre. En coulisse, les relations entre pays producteurs de fèves, négociants et fabricants de chocolat sont souvent tendues, voire opaques.

Cette année, brusquement, le rideau est tombé. Et la lumière crue des projecteurs médiatiques s’est braquée sur une bataille placée désormais sur la scène publique. Titre de la pièce : « Cacophonie au pays du cacao ». L’offensive a été lancée lundi 30 novembre, conjointement par la Côte d’Ivoire et le Ghana. Deux pays qui, à eux seuls, produisent près des deux tiers des fèves mondiales. Avec la volonté de créer un « OPEP du cacao », sur le modèle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, ils ont décidé, cette année, d’aligner le prix payé aux planteurs.

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De plus, ils ont incité les multinationales du chocolat à s’asseoir autour de la table et à contribuer à une aide tarifaire. Les industriels se sont engagés à verser, à partir du 1er octobre 2020, un « différentiel de revenu décent » de 400 dollars (328,70 euros) la tonne, venant s’ajouter au cours de la matière première cotée à Londres. Un peu de beurre pour les producteurs de cacao.

La moitié des planteurs vit sous le seuil de pauvreté

Or, la Côte d’Ivoire et le Ghana accusent ouvertement les groupes américains Hershey et Mars de ne pas jouer le jeu. Hershey se serait tourné vers le marché à terme de New York pour faire ses emplettes, afin d’éviter la prime. Des achats qui ont fait bouillir le cours du cacao sur cette place de cotation. Le confiseur a vu, en représailles, ses programmes de certification de production de cacao durable suspendus par les autorités. Les deux entreprises visées ont répliqué en niant le bien-fondé de ces accusations et en protestant de leur bonne foi.

Vendredi 4 décembre, l’organisme public qui gère la filière cacao en Côte d’Ivoire a finalement levé ses sanctions, selon une lettre adressée à Hershey. « Cette levée de suspension fait suite à votre engagement définitif à payer le DRD » (différentiel de revenu décent), écrit le directeur général Yves Koné au géant chocolatier américain.

Le sujet est sensible quand, selon la Banque mondiale, la moitié des planteurs africains vit sous le seuil de pauvreté. Et que ces derniers devaient bénéficier d’une hausse de 20 %, avec un prix fixé à 1 000 francs CFA (1,52 euro) par kilo de fèves brunes. Une promesse faite alors que le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, vient de décrocher sa réélection sur fond de fortes tensions et que son homologue ghanéen, Nana Akufo-Addo, brigue, lui, le 7 décembre, un nouveau mandat. Les planteurs ne veulent pas de médaille en chocolat…


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