Economie

Vacances au ski : l’infortuné slalom européen

Editorial du « Monde ». Créer une polémique nationale, voire européenne, à propos d’une activité de loisir qui ne concerne que quelque 10 % de la population et ce, en l’occurrence, pendant les quinze jours des vacances de Noël, voilà qui montre bien à quel point la lutte contre la pandémie de Covid-19 met notre raison à rude épreuve. Alors que les Français sont privés de bars, de cafés et de restaurants depuis le 30 octobre et jusqu’au 20 janvier, y compris pendant les fêtes de fin d’année, alors que le premier ministre recommande aux familles de limiter leurs repas de Noël à six adultes autour de la table, c’est au tour des exploitants des stations de sports d’hiver, et de leurs salariés, souvent précaires, souvent des saisonniers, d’être au bord de la révolte.

Soudain, l’énergie du gouvernement – qui n’a jamais qu’une crise sanitaire majeure à gérer, une campagne de vaccination à organiser, une catastrophe économique à maîtriser – paraît tout entière accaparée par « l’imbroglio des vacances au ski » : comment faire tomber le vent de protestation qui s’est levé après l’annonce de la décision de fermer les remontées mécaniques jusqu’à janvier dans des stations autorisées à ouvrir ?

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La question aurait sans doute été plus simple à résoudre si les Etats européens concernés avaient coordonné leurs mesures de restrictions, afin d’éviter toute concurrence déloyale. La France l’a tenté, de concert avec l’Allemagne et l’Italie, mais l’Autriche et la Suisse – qui n’est pas membre de l’Union européenne mais fait partie de l’espace Schengen – ont très égoïstement refusé de coopérer. Non pas que leur situation épidémique soit plus brillante que celle des autres, mais la contribution de l’industrie des sports d’hiver à leur économie nationale est plus importante. L’Autriche, pourtant, est bien placée pour savoir à quel point les stations de ski peuvent se transformer en clusters : en mars, des skieurs de la station d’Ischgl contaminés par le Covid ont essaimé à travers les pays voisins en rentrant chez eux, créant dans leur sillage quelque 6 000 cas positifs.

Pertes désastreuses

S’étant pris les pieds dans sa version montagnarde du dogme présidentiel du « en même temps », le premier ministre, Jean Castex, a tenté de calmer les professionnels du secteur du ski en promettant des « contrôles aléatoires », suivis de mises en quarantaine, sur les Français de retour de séjours de ski à l’étranger. Nouveau tollé, dont il convient de relativiser la justification : outre que cette mesure est difficilement applicable, elle ne concernerait que 1 % des 10 % de Français cités plus haut, ceux qui vont skier à l’étranger.

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L’Autriche a finalement décidé de limiter l’accès à ses stations aux skieurs locaux en fermant les hôtels jusqu’au 7 janvier. L’Espagne les réservera aux visites familiales. Andorre n’ouvrira ses stations que début janvier. Seule la Suisse, peu coopérative, restera ouverte avec une restriction minimale, celle de la limitation de la capacité des transports fermés, tels que les télécabines, aux deux tiers.

Voilà donc l’affaire partiellement dégonflée à l’échelle européenne. Mais pas pour les professionnels du secteur, pour lesquels les pertes de ces deux semaines sont évidemment désastreuses. Ils sont en droit de bénéficier, comme le reste de l’industrie touristique, très durement touchée par la pandémie, d’aides de l’Etat. Ils trouveront même peut-être dans cette calamité un encouragement à diversifier le tourisme de montagne, diversification que le réchauffement climatique imposait déjà. Avec, qui sait, des aides européennes.

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Le Monde


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