Economie

Reporters sans frontières accusé d’attentisme

Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, à Paris, le 9 octobre 2020.

« C’est pénible, mais, à la fin, on en sortira plus forts. » Ce lundi 30 novembre, dans son petit bureau du 2arrondissement de Paris, Christophe Deloire se désole. Alors que depuis plusieurs semaines la colère gronde contre l’article 24 de la proposition de loi « sécurité globale », Reporters sans frontières (RSF), qu’il dirige depuis 2012, est dans la tourmente. Sur les réseaux sociaux, les critiques pleuvent contre l’ONG qui défend la liberté de la presse partout dans le monde.

« Cela fait deux ans qu’on interpelle RSF sur des confrères blessés, entravés. Ils n’ont rien fait, ils nous ont ignorés », s’insurge Taha Bouhafs, le reporter de Là-bas si j’y suis, sur Twitter, le 25 novembre. En parallèle, une petite musique monte : Christophe Deloire serait « trop proche du pouvoir ». Au point d’avoir tardé à condamner l’article susceptible de pénaliser les images des exactions policières. La crise ébranle l’organisation, dont le conseil d’administration s’est réuni mercredi 2 décembre au soir. Solidaires avec leur secrétaire général, ses membres ont « dénoncé les attaques sur les réseaux sociaux en France », dans un long communiqué publié vendredi 4 décembre.

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A l’origine de cette rupture, il y a ce débat qui traverse de nombreuses rédactions (y compris au Monde), mais qui vaut à RSF une réelle animosité. Les reporters des mouvements sociaux, filmant avec un téléphone et diffusant en direct, à rebours des canons traditionnels, sont-ils des journalistes ? Pas tous, estime Christophe Deloire, qui exclut, par exemple, les emblématiques Taha Bouhafs et Gaspard Glanz. « Le journalisme repose sur un ensemble de droits et de devoirs, parmi lesquels le respect du contradictoire », justifie le directeur général, sans toujours convaincre. « Christophe Deloire fait partie d’un certain establishment. Peut-être qu’il a une connaissance moins fine de la précarité de ces journalistes. Qu’il n’a pas compris ce qui se passe depuis deux ou trois ans », conteste Johan Weisz-Myara, le fondateur de StreetPress.

La méthode Christophe Deloire agace

Ce débat, les syndicats de journalistes l’ont réglé. Ricardo Gutierrez, le secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes (FEJ) défend les « nonprofessionnels, car les laisser s’affaiblir, c’est affaiblir le journalisme en général ». D’ailleurs, en Chine, en Birmanie ou en Arabie saoudite, dans des pays où la presse libre n’existe pas, les reporters qu’il faut aider ont souvent des allures d’activistes. « Faire le tri est impossible, estime Jean-François Julliard, prédécesseur de Christophe Deloire et actuel patron de Greenpeace. J’avais une seule ligne rouge, qu’il n’y ait pas d’incitation à la haine. »

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