Economie

« Pour une banque centrale, ne pas incorporer les risques climatiques dans sa gestion des risques financiers serait très inquiétant »

Tribune. La crise due au Covid-19 l’a rappelé une fois de plus à tous les investisseurs : la valeur des actifs financiers peut fondre de manière soudaine et drastique ! Face à la baisse de la demande de pétrole et de gaz engendrée par la récession mondiale qui accompagne la pandémie, des géants de l’énergie comme BP, Chevron et Shell ont, par exemple, dû massivement réévaluer à la baisse la valeur de leurs actifs.

Au-delà de la pandémie, la crise climatique imminente va également durement affecter la valeur des actifs financiers ces prochaines années. Les « actifs échoués » (« stranded assets », c’est-à-dire susceptibles d’être dévalués par l’évolution de la réglementation ou la contrainte environnementale) en sont un bon exemple dans le secteur de l’énergie : certaines estimations montrent qu’un tiers de la valeur actuelle des grandes sociétés pétrolières et gazières s’évaporerait si les objectifs de l’accord de Paris étaient atteints.

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Il est crucial pour les investisseurs d’incorporer cette perspective dans leur gestion des risques, sous peine de sous-estimer les pertes futures. Les banques centrales ne font pas exception. Vu la taille de leur bilan, et leur rapide expansion, il est impératif pour elles de s’assurer que leurs actifs soient correctement évalués. Intégrer le changement climatique dans les méthodes d’évaluation de la valeur des actifs qu’elles utilisent est une nécessité pour cela.

Les risques climatiques ne sont pas pris en compte

Sur ce point, la situation est alarmante. Le Central Banks and Supervisors Network for Greening the Financial System (NGFS), un groupe de plus de 70 banques centrales et superviseurs du monde entier, a averti à plusieurs reprises que les risques financiers liés au climat sont d’une portée et d’une ampleur considérables, et qu’ils sont, de plus, prévisibles et irréversibles (A Call for Action, avril 2019). Pourtant, le NGFS souligne également que ces risques ne sont pas suffisamment pris en compte par les acteurs des marchés financiers, notamment par les agences de notation. Un avis que partage l’European Systemic Risk Board (ESRB), chargé de surveiller les risques auxquels le système financier européen fait face (Positively green : Measuring climate change risks to financial stability, juin 2020).

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L’incapacité des marchés financiers à estimer les risques climatiques de manière adéquate a des conséquences désastreuses pour les banques centrales. En effet, ces dernières s’appuient en grande partie sur les évaluations des agences de notation pour sélectionner les actifs qu’elles achètent ou acceptent comme collatéral. Or, comme le souligne encore le NGFS, les risques liés au climat ne sont actuellement pas suffisamment pris en compte par ces mêmes agences. En se reposant sur elles, les banques centrales s’exposent donc plus qu’elles ne le devraient à des pertes liées aux risques climatiques.

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