Economie

« Les superviseurs bancaires semblent avoir perdu le contact avec la réalité du terrain »

Tribune. En juin 1800, envoyé à la recherche de l’armée autrichienne, le général Desaix revint sur ses pas en entendant tonner des canons dans la plaine de Marengo, et transforma la défaite de Bonaparte en victoire. A l’inverse, en juin 1815, chargé d’empêcher la jonction de l’armée prussienne avec les forces alliées, le maréchal Grouchy, lui, ne marcha pas « au canon » pour venir en aide au gros de l’armée napoléonienne, avec les conséquences que l’on sait.

Pourquoi rappeler ces épisodes historiques ? Parce que la Banque de France a été créée l’année de Marengo, et qu’aujourd’hui les guerres sont avant tout économiques et financières, avec des batailles appelées « Covid-19 », « extinction de la biodiversité » et « changement climatique ». Mais face à cette dernière menace, il semble que les autorités de contrôle se contenteraient volontiers d’un rôle d’éclaireur, recherchant le renseignement sans engager le combat…

Pour contenir le risque climatique, les banques centrales donnent l’impression de placer tous leurs espoirs dans l’introduction de scénarios de changement climatique dans les tests de résistance macroéconomiques des établissements financiers. Ces exercices, les  stress tests, consistent à demander aux banques de modéliser les impacts de scénarios prédéfinis, en s’appuyant sur des données historiques et en appliquant les variables desdits scénarios à des indicateurs financiers.

L’impact du changement climatique est encore à venir

Mais chacun mesure combien il est difficile de traduire des variables de risque physique ou de transition (trajectoires de température, prix du carbone) en variables financières (taux d’intérêt, prix des obligations). De plus, chacun sait que l’impact du changement climatique est encore à venir, et que, comme le souligne la Banque des règlements internationaux, « les approches traditionnelles de la gestion des risques consistant à extrapoler des données historiques et à se baser sur des hypothèses de distributions normales sont largement inappropriées pour évaluer les risques futurs liés au climat » (The Green Swan, janvier 2020).

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Ce type d’exercice ne peut donc, dans le meilleur des cas, que « sensibiliser les établissements bancaires et d’assurance français aux risques liés au changement climatique », comme l’indique d’ailleurs la Banque de France, et non influer directement sur leurs portefeuilles de crédit.

A l’inverse, le 9 septembre, lors du Moody’s Insurance Summit, Anna Sweeney, la responsable de la division de surveillance des assurances du superviseur anglais, a convenu que, puisque « l’atténuation des risques dans une autorité de régulation prudentielle est largement menée à travers le prisme de l’adéquation des fonds propres […], il est possible que les incitations à faire face aux risques liés au changement climatique, tant pour les entreprises que pour les autorités de contrôle, soient renforcées si elles étaient explicitement incorporées dans les exigences de capital ».

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