Economie

« Jack Ma n’est pas le patron, le vrai chef s’appelle Xi Jinping »

Le siège d’Ant Group à Hangzhou, dans la province chinoise de Zhejiang, le 13 octobre 2020.

Il y a des mots qui pèsent plus lourds que d’autres. Celui de Jack Ma, le légendaire fondateur d’Alibaba, restera comme le plus coûteux de l’histoire. En comparant les banques chinoises à des prêteurs sur gages (pawnshops) à l’occasion d’un sommet financier à Shanghaï, le 24 octobre dernier, l’entrepreneur le plus célèbre de Chine a fait dérailler la plus grosse introduction en Bourse (IPO) de tous les temps. Prévue pour le 5 novembre, elle aurait dû faire gagner à sa filiale Ant Group près de 31 milliards d’euros.

Ce devait être une fête exceptionnelle, celle d’une entreprise partie de pas grand-chose – le simple outil de paiement sur Internet d’Alibaba –, devenue en quelques années l’égale des plus grandes banques. Avec une valorisation boursière de plus de 300 milliards de dollars (260 milliards d’euros), elle devait dépasser le numéro un américain du secteur, JP Morgan Chase. L’attente des investisseurs était considérable. Ant Group a réussi ce dont rêvent tous les géants américains comme Google, Facebook ou Amazon : introduire la rupture numérique au cœur de la finance mondiale.

L’Etat chinois protège son secteur bancaire

Et puis, patatras ! En assimilant les banques chinoises à un simple mont-de-piété, M. Ma a péché par arrogance. Il n’avait pourtant pas tort. Les établissements publics du pays sont notoirement inefficaces et connus pour ne prêter qu’aux riches, c’est-à-dire aux autres entreprises d’Etat. Rien pour les PME, les innovateurs sans le sou et les consommateurs. C’est dans cette faille qu’Ant s’est engouffrée, en exploitant la base de données d’Alibaba sur ses clients. Après le paiement en ligne, la firme a popularisé le règlement par code flash, puis s’est mise à prêter à ses clients, s’est développée dans la gestion d’actifs et, enfin, s’est lancée dans le courtage d’assurances. « Si les banques ne changent pas, nous changerons les banques », fanfaronnait Jack Ma. Et ils l’ont fait.

Bien sûr, à chaque fois, l’Etat, qui a utilisé Ant pour secouer ses banques, financer le tissu des petites entreprises et récupérer des informations précieuses sur sa population, a dressé quelques barrières pour protéger son secteur bancaire, lui interdisant notamment de placer elle-même l’argent de ses usagers. Qu’importe. La société va sous-traiter ces lourdes tâches aux banques en gardant le précieux contact avec le client.

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Tout à son sacre, l’homme le plus riche de l’empire du Milieu a oublié un moment ce que tout balayeur de rue sait à Shanghaï. Ce n’est pas lui le patron. Le vrai chef s’appelle Xi Jinping et, d’un claquement de doigts, il peut rabattre le caquet de l’importun. M. Xi doit préserver son tissu bancaire et éviter tout risque de contagion financière. Il tolère le capitalisme privé, la partie dynamique de la Chine, mais avec des rênes courtes. Lundi 2 novembre, il a fait changer la réglementation bancaire pour limiter le montant des prêts, entraînant la suspension de l’IPO d’Ant. La banque n’est pas un métier comme les autres, en Chine comme partout ailleurs.


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