Economie

« Face au capitalisme numérique, il est urgent de considérer tous les commerces comme essentiels »

Tribune. L’incompréhension règne. Les commerçants spécialisés sont une nouvelle fois contraints de fermer leurs portes dans le cadre de ce reconfinement automnal. Si certains ont pu maintenir leur activité au côté du commerce alimentaire comme les magasins informatiques, l’action des fédérations de commerçants a par ailleurs entraîné la fermeture inédite des rayons de produits considérés comme non essentiels dans les grandes surfaces, plongeant distributeurs et fournisseurs dans un état de stupéfaction.

De leur côté, les plates-formes du e-commerce se frottent les mains. Pour le commerce spécialisé, l’effondrement de l’activité durant le premier confinement a entraîné un désarroi et des difficultés économiques inédites que les crédits de trésorerie, les reports de charge et les liquidités du fonds de solidarité mis en place au printemps n’ont pas intégralement couvertes.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Face à Amazon, il faut soutenir massivement le commerce dans sa numérisation à marche forcée »

Ces professionnels du commerce – magasins de centre-ville et grandes surfaces spécialisées –, confrontés aujourd’hui à ce qu’il convient d’appeler une double peine, ont pourtant tous appliqué le protocole sanitaire dès le 11 mai. Le port du masque, la mise à disposition du gel, l’installation de Plexiglas, la désinfection des produits et divers aménagements visant au respect de la distanciation physique ont été leur quotidien et aucun foyer de contamination n’a été observé en boutique.

Un repère quotidien

Au-delà de l’approvisionnement, ces professionnels ont cherché à maintenir une relation à l’ère du sans-contact. Les identifier comme « non essentiels » constitue aujourd’hui un affront tant ils jouent un rôle important dans la société et dans l’existence des individus. Comme le café, les magasins sont le support de « relations de surface », selon l’expression de l’anthropologue Marc Augé, des petits liens sans véritable enjeu mais éminemment utiles à la cohésion sociale.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les hypermarchés n’ont plus le droit de vendre des produits « non essentiels », mais cela ne rassure pas les commerçants

Ces magasins constituent un repère du quotidien, en particulier pour les personnes vivant seules. Rappelons que 51 % des Parisiens, 49 % des Lyonnais et 46 % des Niçois font l’expérience de la solitude. La sortie et la rencontre, même fugace, avec le commerçant de proximité constituent parfois la seule interaction quotidienne.

Fermer les librairies, les magasins de jouets ou de maroquinerie ne fait pas qu’assécher économiquement ces points de vente pour lesquels les achats de Noël sont déterminants. Cette décision nie tout simplement le rôle d’intégration de ces lieux d’échange et, parfois, de convivialité.

Il vous reste 39.22% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page