Economie

Engie renonce à un mégacontrat américain, sous la pression de l’Etat et des ONG

Un site d’extraction de gaz de schiste à St Marys, Pennsylvanie, le 12 mars 2020.

Le groupe Engie (ex-GDF-Suez) ne finalisera pas son contrat de 6,9 milliards de dollars (5,9 milliards d’euros) pour importer du gaz naturel liquéfié (GNL) américain sur une période de vingt ans. L’énergéticien a confirmé au Monde, mardi 3 novembre, la fin des discussions commerciales avec le groupe NextDecade. Ce contrat était au cœur d’un bras de fer entre Engie et le gouvernement français, pour une fois discrètement aligné sur les positions des associations écologistes.

Fin septembre, en pleine bataille Suez-Veolia, le conseil d’administration devait examiner les termes de ce mégacontrat, mais l’Etat, premier actionnaire d’Engie avec 23,6 % du capital, a fait part de sa gêne. La fracturation hydraulique, qui permet d’extraire le gaz de schiste, est une pratique interdite en France. Le fait d’en importer massivement par un groupe au sein duquel l’Etat joue un rôle important aurait représenté une contradiction pour les pouvoirs publics – qui viennent justement de s’engager à ne plus apporter de garanties publiques de crédit à l’exportation pour des projets de gaz ou de pétrole de schiste.

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Le président du conseil d’administration d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu, avait estimé dans un entretien au Monde, début octobre, qu’il fallait « relativiser » la portée de ce contrat. « Le conseil s’est posé un certain nombre de questions, dont celle de l’incidence sur l’environnement : la réponse est complexe », expliquait-il alors, tout en assurant que « ce n’est pas un sujet de débat majeur avec l’Etat ».

« Risques réputationnels »

Selon plusieurs sources, les représentants de l’Etat auraient pourtant menacé de voter contre le contrat s’il était présenté en conseil. Contacté, Bercy n’a pas répondu aux sollicitations du Monde. Au sein d’Engie, l’annonce de ce projet avait suscité des réticences très fortes, certains y voyant un contrat en rupture avec l’image de champion de la transition énergétique que le groupe tente de bâtir.

« C’est une révolution chez Engie, on ne prend jamais ce genre de risque à cause de la polémique sur le sujet en France », s’alarmait un très haut cadre de l’entreprise, qui y voyait « un mauvais signal ». Ce projet a alimenté les critiques de ceux qui accusent Jean-Pierre Clamadieu d’organiser un virage « gris », tourné en priorité vers les énergies fossiles. Une accusation vivement démentie au sommet du groupe, où l’on assure que ce contrat était déjà en négociation à l’époque de l’ancienne directrice générale Isabelle Kocher.

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