Economie

En Ile-de-France, l’habitat pavillonnaire menacé par la « densification cachée »

La Résidence du Parc, construite par l’Américain William J. Levitt, en 1968, à Lésigny (Seine-et-Marne).

Au moment où les Français redécouvrent, confinement aidant, les qualités et l’art de vivre de ce que les architectes nomment, non sans mépris, le « pavillon de banlieue », il est plus que jamais menacé. La petite couronne parisienne subit, depuis l’avènement du Grand Paris, une pression immobilière infernale et l’assaut des promoteurs pressés d’acquérir des terrains avant l’arrivée du métro.

« Tous les deux mois, environ, je reçois des propositions intéressées par l’achat de ma parcelle, il est vrai assez grande, de 625 mètres carrés, où mon mari et moi avons notre maison et nos ateliers, raconte Christelle (le prénom a été changé), artiste peintre. J’ai même été étonnée de recevoir une lettre nominative, du promoteur Emerige, me proposant d’acheter le tout à un prix non précisé, mais d’emblée 30 % au-dessus de sa valeur ! » Puisque l’immeuble qui sera construit à la place sera ultra-rentable.

Passé faubourien

Montreuilloise depuis 2006, installée dans le quartier du Bas-Montreuil qui jouxte Paris – desservi par le métro, donc très convoité par les Parisiens en mal de mètres carrés – et où elle a dénombré jusqu’à dix chantiers autour de chez elle, Christelle envisage bien de vendre un de ces jours : « Trop de travaux à faire, trop de charges et d’impôts locaux et, par-dessus tout, l’envie de s’installer à la campagne… », confie-t-elle. Montreuil (Seine-Saint-Denis) est décidément, jusque dans sa partie haute, une ville prisée des promoteurs, qui cherchent par tous les moyens à y construire le long du tracé du futur tramway (attendu en 2023) ou de la prolongation de la ligne 11 du métro (promise pour 2022).

« Il y a les propriétaires qui cèdent et ceux qui résistent au chant des promoteurs, quitte à se retrouver entre deux bâtiments de six ou sept étages. » Daniel Colleaux, secrétaire général de Vivre à Clamart

« Les promoteurs avides de terrains démarchent chaque propriétaire en lui proposant une bonne somme et en lui faisant croire que ses voisins ont déjà accepté et qu’il se retrouvera dans l’ombre d’un grand immeuble », témoigne Julia Learmonth, présidente de l’Association pour la sauvegarde du village de Romainville (ASVR), commune voisine de Montreuil et qui vit la même mutation. L’ASVR défend son passé faubourien, ses rues sinueuses, et tente de sauver des bulldozers les 170 pavillons remarquables qu’elle a identifiés, dont la jolie maison à colonnades du docteur Rosenfeld, l’atelier des salaisons d’une vieille famille de charcutiers devenu lieu d’exposition, les deux fermes et le magnifique jardin de Nicolas le Jardinier (animateur de télévision, décédé en 2018)…

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