Economie

« Des banques trop grosses pour réussir »

Chronique. Annonces et bruits de fusions bancaires vont bon train partout en Europe. Si cela se concrétise, les colosses des secteurs bancaires nationaux en ressortiront encore plus grands, mais pas nécessairement plus forts sur leurs pieds d’argile. Les pouvoirs publics s’en inquiètent-ils ? Au contraire, ils encouragent la tendance. Celle-ci pourrait pourtant leur être fatale.

Quelques années avant la crise financière de 2007-2008, le secteur bancaire européen avait déjà connu un important mouvement de concentration : les établissements avaient diminué en nombre et augmenté en taille. Ce faisant, la part de marché des groupes bancaires nationaux s’était accrue. Chaque année, la Banque centrale européenne (BCE) mesure le taux de concentration des secteurs bancaires nationaux, en rapportant le total des actifs des cinq plus grands établissements d’un pays à l’actif total du secteur national.

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Dans le cas du secteur bancaire français, par exemple, le taux de concentration était de 52 % en 2007, contre 45 à 47 % au début des années 2000. Ce mouvement a reflué puis a repris, dépassant, à la veille de la crise sanitaire (48,7 % à fin 2019), le niveau de concentration du début des années 2000. Dans l’Europe à vingt-huit, la moitié des secteurs bancaires nationaux avaient, fin 2019, un taux de concentration supérieur à 65 % au-delà de celui du début des années 2000.

Des groupes bancaires systémiques

La tendance importe plus que la valeur absolue de la mesure, car celle-ci est obtenue par la BCE sans reconstituer le périmètre national d’activité des grands groupes bancaires, en faisant comme si leurs filiales nationales étaient des établissements indépendants en concurrence. Cela réduit mécaniquement le chiffre du taux de concentration, n’aidant pas beaucoup à prendre la mesure du problème. Quoi qu’il en soit, la concentration des secteurs bancaires des pays européens était en hausse avant la crise sanitaire, et la tendance pourrait s’accentuer avec les rapprochements en cours.

La concentration du secteur bancaire ne fait toutefois pas peur aux pouvoirs publics. C’est pour le moins paradoxal. D’abord, parce que la concentration du secteur non financier, dans le numérique notamment, a, ces dernières années, beaucoup mobilisé l’attention (voir la synthèse d’Axelle Arquié et Julia Bertin, « Les dessous de la concentration », dans L’Economie mondiale 2021, La Découverte, 128 pages, 10 euros), au point que le démantèlement des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) commence à être envisagé aux Etats-Unis.

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