Economie

Mort de l’homme d’affaires Sindika Dokolo, collectionneur et mari d’Isabel dos Santos

Sindika Dokolo (à droite), en compagnie de son épouse Isabel dos Santos, à Porto, au Portugal, en mai 2014.

L’élite politico-économique kinoise est abasourdie, le milieu de l’art international atterré. L’homme d’affaires danois d’origine congolaise Sindika Dokolo est mort jeudi 29 octobre, à l’âge de 48 ans, d’un accident de plongée, à Dubaï où il s’était replié avec son épouse après les accusations de détournements de fonds massifs dont il a fait l’objet avec la publication des « Luanda Leaks », début 2020.

« Consterné », l’opposant congolais Martin Fayulu, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2018, salue sur Twitter « un militant alerte, vif et plein d’espoir ». Le marchand bruxellois Didier Claes s’incline pour sa part devant « le tout premier Africain à collectionner à grande échelle l’art du continent, pour réveiller les consciences ». « Un drame absolu », lâche dans un sanglot Anna Alix Koffi, fondatrice de la revue d’art Something We Africans Got, qui se rappelle un « compagnon de lutte qui faisait un bien fou, en sachant rester debout, face aux autres ».

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Pour ces « autres », toutefois, le nom de Sindika Dokolo reste entaché par le scandale des « Luanda Leaks », autant que celui de son épouse, la milliardaire Isabel dos Santos, fille de l’ancien président angolais. En janvier, cette enquête coordonnée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), dont Le Monde est partie prenante, révélait que ce couple glamour contrôlait intégralement, ou en partie, pas moins de 450 sociétés – le plus souvent offshore. Et privait ainsi l’Afrique, chaque année, de plus de 45 milliards d’euros de recettes fiscales. Trois procédures l’accusant de détournements massifs de fonds publics sont toujours en cours en Angola, aux Pays-Bas et au Portugal.

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Charismatique et manipulateur, sincère et filou, Sindika Dokolo était tout cela à la fois. Le métis voit le jour en 1972 à Kinshasa, d’une mère danoise et du grand banquier congolais Augustin Dokolo, qui avait fait fortune sous Mobutu Sese Seko, avant de se faire déposséder de ses biens. Sindika avait ainsi grandi avec l’expérience de la chute, volontiers racontée comme un récit initiatique. Elevé en Belgique, le jeune homme étudie l’économie et le commerce à Paris-VII. De retour à Kinshasa, où il ne brille pas dans les affaires, il fuit la guerre, direction Luanda, la capitale de l’Angola.

Empire tentaculaire et secret

La vie de Sindika Dokolo prend un tour plus romanesque en 2002, lorsqu’il épouse celle qui deviendra « la femme la plus riche d’Afrique », Isabel, la fille de l’autocrate angolais Eduardo dos Santos. Auprès de ce dirigeant brutal et cupide, le couple bâtit son propre empire tentaculaire et secret, en prenant des participations dans des sociétés pétrolières aussi bien que dans le joaillier De Grisogono. Parallèlement, Sindika Dokolo se soucie de l’avenir de son pays natal, de son influence autant que de son image : il crée le mouvement citoyen Les Congolais debout ! et investit dans l’art, massivement.

Sa place de collectionneur et mécène est vite centrale : c’est qui lui soutient – modestement – la revue d’art Something We Africans Got, lui encore qui sponsorise les premières éditions de la foire d’art africain 1-54 à Londres. Sa collection d’art contemporain, exposée à plusieurs reprises, à Porto et à Bruxelles, compte 3 000 œuvres, dont environ 500 pièces de grande qualité selon les spécialistes. Plus remarquable encore, son ensemble de 300 pièces d’art africain classique comprend un masque Kwele du Gabon à côté duquel Sindika Dokolo aimait se faire photographier.

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L’homme d’affaires utilisait-il l’art pour se faire pardonner les méfaits dont il est accusé ? Pratiquait-il l’« artwashing », en vogue chez les experts en blanchiment, qui s’offrent ainsi un ravalement en couleurs ? Ces derniers mois, artistes, marchands, experts refusaient de lui tourner le dos, préférant garder l’image d’un amoureux des arts, plaidant comme Didier Claes un « engagement sincère ». Ce dernier l’avait accompagné dans un processus de rachat et rapatriement d’œuvres volées au musée du Dundo, à Lunda Norte, au nord de l’Angola. Une dizaine d’objets notamment un masque de jeune fille – Mwana Pwo – trouvés à la foire d’antiquités de Maastricht, est reparti vers Dundo.

Quoique beau parleur, Sindika Dokolo n’a toutefois jamais aidé de musée en Afrique. Didier Claes, qui le matin même de sa mort échangeait encore avec lui sur Instagram, assure qu’il avait encore récemment exprimé son intention d’exposer sa collection en Afrique. « Il m’a dit : “Laisse-moi régler ces histoires et un jour on continuera l’aventure.” »

Sindika Dokolo en quelques dates

16 mars 1972 Naissance à Kinshasa

2002 Mariage avec Isabel dos Santos

2019 Exposition « IncarNations » au Bozar à Bruxelles

2020 Révélation des « Luanda Leaks »

29 octobre 2020 Mort à Dubaï


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