Economie

« Les seigneurs d’un “féodalisme numérique” s’accaparant l’essentiel de la richesse savent qu’ils sont à la veille d’une révolution »

Devant les bureaux de Google à Manhattan, le 20 octobre à New York.

La décision était attendue depuis de longs mois et elle fera date : le département de la justice américain, appuyé par onze Etats républicains, a annoncé, mardi 20 octobre, qu’il engageait des poursuites contre Google au terme d’une enquête d’un an qui l’a convaincu que le géant de Mountain View (Californie) a « maintenu de façon illégale un monopole dans la recherche et la publicité en ligne ». Et qu’il a notamment abusé de sa position dominante en payant des fabricants de smartphones, dont Apple, pour qu’ils favorisent son moteur de recherche, barrant ainsi la route à toute concurrence viable.

Lire aussi Aux Etats-Unis, un rapport parlementaire veut casser les « monopoles » des GAFA

L’affaire promet de furieuses controverses juridiques et de belles joutes politiques pour une procédure tardive et à l’issue incertaine. Google a déjà capté 90 % des recherches en ligne. On ne voit pas comment redistribuer cette énorme part de marché. Avec une trésorerie de 100 milliards d’euros, il a aussi les moyens de lever une armée d’avocats. Et il dispose d’arguments solides, de la satisfaction de centaines de millions d’internautes et à la gratuité de services irremplaçables (courriels, cartes, GPS…).

Le « Google case » est la plus importante procédure visant une Big Tech depuis l’offensive contre Microsoft en 1998.

Il n’empêche, le « Google case » est la plus importante procédure visant une Big Tech depuis l’offensive contre Microsoft en 1998. L’histoire américaine est jalonnée de ces grandes affaires anti-trust, qui ont eu à l’origine des motivations politiques. L’hostilité du Congrès face à la croissance irrésistible des monopoles avait débouché sur le Sherman Anti-Trust Act (1890) contre les ententes illicites. Le sénateur de l’Ohio jugeait impératif de tenir la bride à des puissances industrielles ou financières qui, alliées au pouvoir politique, fragilisaient l’exercice de la démocratie.

Pressions de l’administration

Il a fallu trente ans de luttes juridico-politiques, l’insistance du président Theodore Roosevelt et un jugement de la Cour suprême pour démanteler la Standard Oil. Près de dix ans pour aboutir, en janvier 1984, au démembrement du colosse American Telephone & Telegraph (AT&T), qui exerçait un quasi monopole sur les lucratives communications interurbaines aux Etats-Unis. Une opération qui, là encore, aboutit grâce aux pressions de l’administration, d’abord démocrate puis républicaine.

Plusieurs années ont aussi été nécessaires pour que Microsoft rentre un peu dans le rang ; et accepte, pour échapper au démantèlement, de mieux distinguer son logiciel d’exploitation Windows incontournable de ses programmes applicatifs (bureautique, navigateur de recherche sur Internet…). Pour le juge chargé de l’affaire, il ne faisait aucun doute que le poids de la firme de Bill Gates était aussi écrasant que celui de la Standard Oil de John D. Rockefeller, qui a régné sans partage sur l’industrie de l’or noir jusqu’en 1911.

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