Economie

« L’avenir du spatial, ce sont les applications »

Jean-Yves Le Gall, président du Centre national d’études spatiales (CNES) revient sur le bouleversement en cours dans l’industrie spatiale.

Vous affirmez que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, que vous appelez le « post-NewSpace ». Qu’entendez-vous par là ?

Les cinq dernières années ont marqué un tournant pour le spatial en général et le CNES en particulier. De nouveaux investisseurs ont apporté des financements privés et des méthodes différentes. Ils ont complètement changé les façons de faire et ont développé des technologies qui ont fait bouger les lignes. C’est ce que l’on a appelé le NewSpace.

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Aujourd’hui, nous pouvons faire un premier bilan. Je dirais que le changement a porté sur deux points. D’une part, l’arrivée de nouveaux lanceurs a abaissé le coût de l’accès à l’espace. Ariane 6 et Vega C en Europe, SpaceX et Blue Origin aux Etats-Unis ont développé la réutilisation, sujet sur lequel tout le monde travaille, y compris le CNES.

D’autre part, les satellites bénéficient de plus en plus d’innovations, et notamment de la miniaturisation. Ce qui permet, là aussi, d’abaisser les coûts. Conséquence : de nombreuses entreprises veulent et peuvent faire du spatial. Toutefois, il y a encore peu d’investisseurs privés qui se lancent, car le domaine reste très risqué. En revanche, les investissements publics ont augmenté. Au cours des dernières années, le budget du CNES a progressé de 10 à 15 % par an, et il atteint 2,8 milliards d’euros. Celui de l’Agence spatiale européenne (ESA) est de 14,4 milliards d’euros pour la période 2020-2024. Quant à Bruxelles, son budget pour 2021-2027 atteint 14,9 milliards d’euros… Tout cela suscite un regain d’intérêt pour le spatial.

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Le post-NewSpace est ce nouveau modèle qui conjugue avancées technologiques permises par les nouveaux venus, investissements privés, retour des Etats avec de forts investissements publics et de nouvelles relations avec les industriels, plus matures, à qui les agences confient des contrats clé en main. Voilà les grandes lignes du spatial pour la prochaine décennie !

Est-ce ce regain d’intérêt qui fait que les projets de constellation de satellites sont aujourd’hui si nombreux ?

Il y a beaucoup de projets de constellations, mais peu sont ou seront opérationnels. Le projet Starlink de SpaceX a démarré concrètement, avec environ un millier de satellites qui devraient être en orbite fin 2020. SpaceX a un avantage compétitif fort : il bénéficie d’un coût d’accès à l’espace très bas puisqu’il fabrique à la fois les lanceurs qu’il réutilise plusieurs fois et les satellites. Mais il se retrouve en compétition avec la 5G et il constate à présent que le marché est inférieur à ses prévisions… Le débat est le même qu’il y a vingt ans avec les projets de constellations pour les télécoms. En fait, aucun n’a trouvé l’équilibre financier. Le téléphone par satellite a été supplanté par le GSM. La question est de savoir comment les grands projets actuels coexisteront avec la 5G.

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