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Sur les traces des navigateurs

Naviguer à bord d’un navire de petite taille, c’est à la fois une expérience et un plaisir. Sillonner le Douro à bord du Queen Isabel, Rivages du Monde, permet de visiter les villages et les villes le long du fleuve, voir des paysages depuis l’eau. Terrasses, vignes, maisons, rochers …

Le Douro prend sa source en Espagne et serpente au Portugal. On fera la route des vins, Porto doit son nom au célèbre vin local. Plaisir aussi de se réveiller dans l’une des cabines cosy tandis que le bateau lève l’ancre. Enfin, plaisir de rejoindre par la navigation l’esprit du Portugal d’antan et de ses grands navigateurs, Vasco de Gama, Bartolomeu Dias, Fernand de Magellan. Toutes voiles gonflées, les nefs filaient vers l’inconnu, l’espérance en guise de boussole. Sans oublier le fado, cette complainte des marins et la saudade, que nous retrouverons à bord le temps d’un récital. Récit d’un périple enchanteur sur l’eau, de Porto à Braga, la Rome du Portugal, puis Guimaraes et retour à Porto…

Porto, embarquement.

Après le protocole sanitaire anti-Covid (n’embarquent que les passagers Covid négatif), place à l’installation à bord. Cabine charmante, à la fois maison de poupée et chic à la Winsor (un esprit anglo-saxon s’est invité dans la déco). Ma cabine a une baie vitrée qui donne sur le fleuve et l’autre rive. Hâte de lever l’ancre. Aurai-je le pied marin ? Où est bâbord ? Tribord ? Ce bateau prévu pour 118 passagers a le charme d’un hôtel flottant sans les inconvénients des bâtiments habituels que l’on voit amarrés dans les grands ports. Deux étages, une salle de restaurant conviviale, un salon où écouter des concerts live comme dans une maison de fado, un pont où il fait bon profiter des transats. Marc Deckers, le directeur de croisière, nous rappelle les rendez-vous et horaires au haut parleur « mes chers passagers … » nul besoin de consulter la feuille de route ou la pendule. De vraies vacances, zéro contraintes. RV au bar, pour un verre de vinhos verdes, le musicien Salomao au piano. Les passagers dîneront en famille ou entre amis, pour ma part, je rejoins l’équipage. Jolie vaisselle, on s’imagine à bord de l’Orient Express, ces trains-hôtels sortis d’un film. Dîner du chef Vasco Pombo servi sur le pont supérieur. La bacalhau a bras, le caldeirada de peixe... La cuisine portugaise est l’une des meilleures du monde, sous le signe de l’huile d’olive et des produits de la mer. Un dicton portugais dit qu’il y a plus de recettes de morue que de jours dans l’année. Le bateau restera à quai pour la nuit.

Bom Dia, le Queen Isabel lève l’ancre.

Joie de s’éveiller encore au chaud sous la couette et de découvrir que nous naviguons, le ronron des moteurs est une cadence agréable. Un rayon de soleil éclaire les flots. Nous changeons de ville sans changer d’hôtel, un point fort pour le voyage en mode croisière. Le navire vogue en direction de Régua. Passage de l’écluse de Crestuma. Première écluse de cinq sur le Douro, au départ de Porto. Les fans parlent d’une ingénierie à l’ancienne, formidable. Au haut-parleur, Marc Deckers nous invite à rejoindre le salon où se donne la première conférence de la croisière « le pays où la terre finit et la mer commence : le Portugal, des origines à nos jours ». Les conférences Rivages du monde sont le point fort de leurs croisières, avec des guides conférenciers de haut vol. Olivier Mignon assurera toutes les conférences de la nôtre. Le Portugal est en effet le bout de l’Europe, la fin des terres. Son histoire est riche en découvertes, en richesses naturelles, en histoire de rois et de reines et en rebondissements politiques. Nous passons une autre écluse, celle de Carrapatelo, écluse verticale la plus haute d’Europe (36 m). Sensation étonnante de changer de monde au fur et à mesure que le bateau descend. Les photographes amateurs se pressent sur le pont pour engranger des souvenirs et par la même occasion, racontent des bribes de navigations précédentes, celle du Danube, disent-ils, vaut le coup. Une halte est prévue à Lamego, jumelée avec une ville française, pour un excursion en bus. Cette croisière est à faire en amoureux, en fait. Avec la liberté de suivre le groupe ou non en excursions ou de profiter des escales pour fureter de son côté. Village chargé d’histoire, dont les escaliers font la renommée, Lamego a bien des atouts : une belle cathédrale avec un cloître couvert d’azulejos. Et un vin, le vinho fino apprécié au 18ème siècle, à l’origine du vin de Porto.

Traversée vers Barca d’Alva, en Espagne

Le lendemain, le Queen Isabel navigue en direction de Pinhao, Barca d’Alva, Almeida et retour à Barca d’Alva. Passage d’écluses. Conférence « histoire et architecture de Salamanque ». Salamanca est une commune de la province de Salamanque en Espagne, enclave touristique de Castille et Léon. Période Covid oblige, ne peuvent débarquer que les passagers des pays autorisés à poser le pied en Espagne. C’est une chance de pouvoir visiter Salamanca, ses cathédrales, sa maison des coquillages (en coquilles saint-Jacques), son couvent et son université, célèbre dans le monde entier au 16ème siècle. Depuis 1988, la ville est inscrite au patrimoine de l’humanité de l’UNESCO. Dégustation de vins au milieu des vignes. Retour à bord du Quenn Isabel, pour une navigation jusqu’à Barca d’Alva, jolie escale. Ce soir, c’est la soirée du commandant, l’occasion ou jamais de sortir sa plus belle robe.

Cap sur Foz do Tavora

Routine agréable à bord. Tout est cosy, facile à vivre. On change de cadre sans jamais changer de chambre, ça fait vraiment du bien. De la chambre au petit déjeuner, il y a seulement une centaine de mètres. J’en suis au café-tartines quand on passe l’écluse de Pocinho, toujours une belle distraction. La conférence du jour porte sur Magellan. Septembre 1519 : La flotte de cinq navires portugais commandés par Magellan quitte l’Espagne pour trouver une voie maritime vers l’Amérique. Trois ans plus tard, la flotte sera de retour à Séville. Ces marins ont réalisé la première boucle maritime au monde. Le conférencier nous raconte ce périple de trois ans, à partir des documents d’époque. C’est quand même magique d’écouter ce récit en naviguant sur le Douro. On débarque à Foz do Tavora, au domaine de Quinta do Seixo Sandeman pour déguster les crus locaux et profiter du paysage verdoyant. Pour la soirée est annoncé un récital de fado au salon. Du fado de Coimbra, intello et universitaire et du fado d’Amalia Rodrigues, populaire, transgénérationnel. Tout le monde a déjà écouté cette diva. Uma casa portuguesa... J’apprécie ce côté intimiste du salon avec une bonne acoustique.

Porto à l’horizon

Navigation de bonne heure pour atteindre Porto en fin de matinée. Nous passons l’écluse de Carrapatelo, un barrage-poids en béton, écluse d’une hauteur de 34 mètres, très impressionnante. C’est la plus grosse d’Europe. Rester sur le pont et voir le navire descendre le long des parois en béton n’en finit pas de me surprendre. J’en profite pour observer la cabine de pilotage avec le captain’ aux commandes. L’un des passagers me raconte sa traversée du Mékong avec Rivages du Monde, c’était avant le Covid, quand on pouvait faire le tour du monde. La dernière conférence de la croisière porte sur la bacalhau, l’histoire de la pêche traditionnelle de la morue. Dès le 16ème siècle, on pêche à Terre Neuve au Québec, c’est d’ailleurs là que français et portugais viennent faire le plein de morue. On jette l’ancre à Porto et la première image que l’on a de la ville, c’est cette vue ensoleillée sur les façades colorées qui bordent le quai. On part visiter Porto intra muros. Tout se fait à pied, en réalité. De l’autre côté du quai où le Queen Isabel est amarré, une petite balade nous conduit sur les hauteurs. La gare de Porto et son hall garni d’azulejos qui racontent le quotidien dans le Douro vaut une belle photo. La cathédrale, église forteresse du 12ème siècle, de style roman a cependant une loggia de style baroque, signée de l’architecte italien Niccolo Nasoni. C’était le début du baroque à Porto, au 18ème siècle. Nous y verrons une statue de sainte enceinte datant de 1640. Assez rare pour être souligné.

En route pour Braga, capitale du Minho

Ce sera ensuite le top départ pour les excusions, à Braga, capitale du Minho (région du vinhos verde), baroque, la plus ancienne ville chrétienne du monde. La cathédrale à la fois gothique et Renaissance, avec un autel de style manuelin est incontournable. On y retrouve les symboles du baroque  : le raisin (sang du Christ) et les oiseaux (la prospérité). Dans la cathédrale se trouve le trésor de la ville, soit un ensemble de pièces qui retracent la vie chrétienne sur 1500 ans. Flânez ensuite dans Braga, perdez vous dans ses ruelles et prenez um bica, un café dans l’une de ses cafétérias. En début d’après-midi, départ pour le palais des ducs de Bragance, construit au début du 15ème siècle à Guimaraes et reconverti partiellement en musée. Bien restauré et conservé (belles faïences, chapelle avec vitraux). Guimaraes, ville berceau, est une ville importante  ; ville natale du premier roi du Portugal, Afonso Henriques. Et c’est ici qu’est né le Portugal en tant que nation. Retour en autocar à Porto. Le soir, à nouveau un récital de fado, cette fois avec une formation-originaire de Régua, qui propose du fado de Lisbonne. N’oublions pas que le fado, chant des marins, a aussi été une arme contre la dictature de Salazar puisque les fadistas à Lisbonne écrivaient des paroles au second degré  ; ainsi, les agents de la PIDE venus espionner dans les maisons de fado n’en saisissaient pas la subtilité et repartaient bredouilles.

Dernier jour, flânerie dans Porto.

A bord, quelqu’un me parle de la vieille ville où se trouve la casa do Infante et le bar Majestic, art déco. La casa en question est la maison où est né Henri le navigateur. Sont retracées ici les époques depuis les fondations romaines aux découvertes des Indes, du Brésil et du cap de Bonne-Espérance. Une maison importante. Sous un ciel bleu, je m’adonnerai pour cette dernière matinée à Porto à mon activité favorite  : me perdre à pied dans la ville, lever le nez, découvrir des façades, des églises incroyables, toutes en azulejos. C’est dimanche, jour de messe. «  Azul  »  signifie «  bleu  » en portugais  » et «  bonjour  » en berbère. «  Azulejo  » vient de l’arabe et signifie «  petite pierre polie  ». L’histoire du Portugal ayant été liée à celle des maures d’Afrique du Nord pendant cinq siècles.

 Carnet pratique :

Croisière Rivages du monde, l’or du Douro, 8 jours. A partir de 3385 € vol compris. 

Pour la petite histoire, le nouveau yacht Rivages du monde, le World Explorer, 100% éco-responsable, a été construit sur le chantier naval de Viana do Castelo, au nord de Porto en 2019.

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