Economie

« Dans la guerre du pot de terre contre le pot de fer, le 21 octobre sera à marquer d’une pierre blanche »

Des flacons d’Oxycontin du laboratoire Purdue Pharma, à Provo (Utah), en avril 2017.

Paul François, agriculteur en Charente, sait enfin qu’un combat contre une multinationale de l’agrochimie n’est pas toujours perdu d’avance. Les victimes des opioïdes prescrits en veux-tu en voilà aux Etats-Unis peuvent, elles, reprendre espoir en apprenant qu’un laboratoire pharmaceutique a plaidé coupable pour un antidouleur ayant entraîné la mort par dépendance et surdose de 470 000 Américains depuis vingt ans ? Dans la guerre toujours recommencée du pot de terre contre le pot de fer, le mercredi 21 octobre sera à marquer d’une pierre blanche sur le front de la santé.

Lire aussi Monsanto définitivement condamné dans l’affaire de l’intoxication d’un agriculteur

Au terme de quatorze ans de bataille judiciaire, M. François a vécu « une grande délivrance » : la Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par Monsanto, qui contestait l’intoxication de l’agriculteur par son herbicide Lasso en 2004. Elle ne se prononce pas sur la toxicité du produit, toujours niée par la firme, mais sur ses défaillances dans l’information pour l’usage du Lasso. Un rejet, longuement motivé, qui rend définitive la condamnation en France de la société américaine acquise par l’allemand Bayer en 2018. « Il y aura un avant et un après ce procès. Il montre qu’un simple citoyen peut faire condamner une multinationale », a réagi M. François, qui se bat désormais pour une indemnisation « rapide ».

Cette condamnation pénale, le laboratoire pharmaceutique Purdue Pharma cherche à y échapper dans le cadre d’une transaction au civil avec les plaignants prêts à l’accepter. En l’espèce, aux Etats-Unis, le ministère de la justice, une bonne vingtaine d’Etats et plus de 2 000 comtés, villes et individus, tous frappés par les ravages de l’Oxycontin, le médicament antidouleur opiacé de la société détenue par la richissime et très controversée famille Sackler.

« Cupidité »

Purdue a annoncé, mercredi, qu’il plaidait coupable de plusieurs chefs d’inculpation. Ses dirigeants reconnaissent avoir ignoré les mises en garde de la Food and Drug Administration, qui contrôle les produits alimentaires et pharmaceutiques, et fermé les yeux sur les dérapages de ses commerciaux, qui harcelaient les médecins et versaient des pots-de-vin aux plus corrompus. La compagnie de Samford (Connecticut) se dit prête à verser 8,3 milliards de dollars (7 milliards d’euros).

En sera-t-elle capable, alors qu’elle a demandé en septembre 2019 à bénéficier de la loi sur les faillites (Chapter 11) pour continuer sa restructuration ? L’entreprise va renaître sous la forme d’une société se consacrant au « bien public », recentrer la vente d’Oxycontin sur les bonnes indications, fournir des traitements contre l’overdose ou la dépendance sans faire de profit et financer les programmes des collectivités locales pour réparer les dégâts sanitaires.

Il vous reste 17.74% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page