Politiques

soupçons d’emplois fictifs pour des élus locaux niçois


C’est un superpouvoir qu’auraient certains fonctionnaires locaux : le don d’ubiquité. Ou le pouvoir de se trouver à plusieurs endroits au même moment, pour assurer des fonctions d’administration, mais aussi d’adjoint au maire, de conseiller métropolitain, de conseiller régional… tout en travaillant à plein temps pour son service. Une façon de cumuler les postes et les rémunérations.

14 mails en 16 mois

Dans les Alpes Maritimes, le Centre de Gestion de la fonction publique territoriale gère les ressources humaines des collectivités locales. Ce service, qui emploie une soixantaine d’agents, est dans le viseur de la chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Elle s’interroge sur la réalité du travail de certains agents : un chauffeur, qui n’a “ni agenda, ni portable”, un chargé de mission, par ailleurs élu en mairie de Nice, qui n’aurait produit que “14 mails” en “16 mois”, et un directeur de cabinet, lui aussi adjoint au maire de Nice, dont les magistrats financiers regrettent “l’absence flagrante de preuves (…) d’une activité à temps plein”. 

Consterné par ces révélations dans un service qui devrait exemplaire, Jean-Christophe Picard, conseiller municipal d’opposition, a saisi le parquet. “C’est d’autant plus choquant que le centre de gestion de la fonction publique est censé conseiller un certain nombre de communes dans la gestion de leurs ressources humaines, c’est le centre de gestion qui nomme notamment le référent déontologue ! Donc je suis choqué qu’il y ait autant d’anomalies et de dysfonctionnements dans cet établissement public.” 

Un cas concentre les critiques des magistrats financiers : celui de l’adjoint au maire de Nice nommé directeur de cabinet du centre de gestion en 2015. Alors que ce poste n’existait pas auparavant, et qu’il n’existe dans aucun autre centre de gestion de la région. Le fonctionnaire perçoit 6500 euros net par mois du centre de gestion. De quoi doubler ce qu’il touche par ailleurs comme élu : il est aussi adjoint au maire de Nice (2625 € brut), conseiller métropolitain (1914 € brut), conseiller régional (2661 € brut), et cumule au moins 4 autres postes publics à responsabilités. C’est légal, mais pour la chambre, ça ne laisserait pas beaucoup de temps pour son travail de fonctionnaire.  

“Un tel cumul d’activités, dont certaines particulièrement prenantes, ne peut raisonnablement laisser de place à l’exercice d’un emploi à temps plein au sein de l’établissement,” estime la chambre.

Quand nous demandons à le rencontrer au centre de gestion, un agent nous indique qu’il n’est pas présent. L’est-il souvent ? “Je ne me prononcerai pas là-dessus,” répond l’agent. Il est en déplacement ce jour-là. Et des déplacements, l’adjoint au maire-fonctionnaire semble en faire beaucoup. En 2018, il a payé 2325 euros de carburant avec la carte du centre de gestion, ce qui fait de lui “le plus gros consommateur de carburant de l’établissement, devant même les deux camions” du centre, avec des pleins réglés parfois le week-end, loin du département, en Corse ou en Charente-Maritime.

L’intéressé et le centre de gestion n’ont pas donné suite à nos demandes d’interview. Mais nous avons pu croiser son directeur général, Bernard Lésé. Pour lui, “la chambre régionale des comptes raconte n’importe quoi“. Et en ce qui concerne les frais d’essence : “ça a été remboursé. Il n’y a pas de problème, et il n’y en a jamais eu“.

Dans sa réponse aux magistrats financiers, le centre de gestion des Alpes-Maritimes indique qu’il “ne partage pas l’analyse de la chambre”, il défend la légalité et l’utilité des postes concernés… mais n’a toute de même pas reconduit deux des contrats montrés du doigt.


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