Economie

« La défiance est un mal français, fruit d’une culture centralisatrice et d’une préférence collective pour l’affrontement »

Manifestation des salariés de Suez à La Défense (Hauts-de-Seine), le 29 septembre 2020.

Le personnel de Suez ne baisse pas les bras face à l’arrivée soudaine dans son capital de l’ennemi de toujours, Veolia. Les syndicats ont obtenu de la justice un gel de la situation. Maigre victoire qui ne calmera personne tant les esprits sont chauffés à blanc. On glose beaucoup désormais sur les responsabilités des uns et des autres, l’impréparation de Suez face à la brutalité de Veolia. Tout cela sous le regard impuissant de l’Etat.

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Une affaire qui tombe bien mal dans un capitalisme français qui, à coups de lois et de grandes déclarations, entend donner des leçons au monde entier sur la bonne gouvernance des entreprises et la responsabilité sociale. Elle rappelle que la France est une caricature à cet égard. A l’image du patron de Veolia, Antoine Frérot, grand défenseur d’un capitalisme des parties prenantes (clients, salariés, collectivités) d’un côté, et assaillant résolu de l’autre.

Batailles homériques

Le 23 mars 1988, près de 7 500 salariés de la société Télémécanique défilent dans la rue pour exiger le retrait de l’offre d’achat hostile de la société Schneider Electric, propriétaire de son rival et voisin grenoblois, Merlin Gerin. Les « télémécaniciens » soutiennent la direction au nom d’une politique sociale très généreuse dans une entreprise en bonne santé financière. Ils sollicitent un chevalier blanc, Framatome, dont les motivations sont surtout financières. Ils exigent une consultation. Le premier ministre de l’époque, Pierre Bérégovoy, est opposé à l’OPA de Schneider. L’affaire se conclut au prix fort et le président de l’époque, François Mitterrand, ne bouge pas le petit doigt. Toute similitude avec la situation actuelle…

Cette violence et ces haines que l’on retrouve dans les relations avec les sous-traitants ou les syndicats sont-elles inévitables ?

De la tentative de BNP pour acheter Société générale en 1999 à l’assaut de Mittal sur Arcelor en 2006, l’histoire du capitalisme français est émaillée de batailles homériques. Des carrières entières ont été construites sur ce type de pratiques guerrières, comme celles de Vincent Bolloré, de François-Henri Pinault ou de Bernard Arnault. Elles ont redessiné le capitalisme français à partir des années 1980, mettant fin à des décennies d’un capitalisme de connivence où l’Etat tirait les ficelles avec de moins en moins de succès.

Cette violence et ces haines que l’on retrouve dans les relations avec les sous-traitants ou les syndicats sont-elles inévitables ? Fréquentes dans les pays anglo-saxons, elles sont quasiment absentes en Allemagne et dans les pays du nord de l’Europe. La défiance est un mal français, fruit d’une culture centralisatrice et d’une préférence collective pour l’affrontement et le rapport de force, dans les affaires comme en politique. La période actuelle ne risque pas d’apaiser les tensions.

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