Economie

« Les entreprises américaines ne doivent plus ignorer le droit européen »

Maximillian Schrems, un citoyen autrichien de 32 ans, s’est rendu célèbre en amenant par deux fois la justice européenne à annuler, en octobre 2015 puis en juillet dernier, deux accords majeurs encadrant le transfert des données des Européens vers les Etats-Unis.

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a annulé cet été le « Privacy Shield » (« bouclier vie privée ») qui régissait le transfert des données personnelles hors d’Europe, notamment vers les Etats-Unis. Quelles sont les conséquences pour les Européens ?

La justice européenne a de nouveau souligné que la surveillance de masse n’est pas acceptable en vertu de la législation de l’Union européenne et de nos normes sur les transferts de données à l’étranger. En même temps, nous constatons que de nombreuses entreprises ignorent ce jugement, comme elles l’ont fait avec le premier. Il appartient maintenant aux autorités chargées de la protection des données de prendre des mesures raisonnables – mais claires – dès que possible, afin qu’il y ait des conséquences concrètes dans la vie quotidienne des gens.

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Que pensez-vous du projet de cloud franco-allemand Gaia-X pour un stockage « souverain » des données en Europe, qui sera complété par un « Gaia-UE » ?

Je ne suis pas un grand partisan de la « nationalisation » des données. Mais il semble que, jusqu’à présent, les entreprises américaines ont ignoré le droit européen chaque fois qu’il y a eu un conflit entre le droit de l’Union européenne et les lois des Etats-Unis – ou, parfois, lorsqu’elles ne voulaient seulement pas s’y conformer. Il peut être nécessaire de construire des alternatives européennes, d’autant que nous avons des champions « nationaux » souvent trop petits pour concurrencer des entreprises américaines, beaucoup plus grandes. Un « Airbus des données » [manière de désigner un cloud souverain] pourrait peut-être permettre de surmonter certains de ces problèmes.

Comment expliquez-vous que l’Europe ait échoué à faire émerger des champions de l’hébergement dans le nuage informatique ? Peut-elle se passer des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ?

Les Etats-Unis ont un marché intérieur très vaste et concurrentiel et, depuis la crise financière, le capital-risque est presque illimité. De plus, de nombreuses entreprises de la Silicon Valley ont fait valoir qu’elles ignoraient les lois locales, peu importe qu’elles concernent la vie privée, les impôts ou l’emploi. Tout cela leur donne un énorme avantage et leur permet souvent de construire des monopoles en excluant tout le monde du marché. Je pense que nous devons nous assurer que nos lois sont respectées, afin qu’il y ait une concurrence équitable. L’Union devrait veiller à l’ouverture des réseaux et à l’interopérabilité, afin que les alternatives européennes puissent à nouveau concurrencer les monopoles américains.

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