Economie

La réputation dynamitée du groupe minier Rio Tinto

Des camions abandonnés sur l’ancien site minier de Rio Tinto, sur l’île de Bougainville, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en 2012.

De ce qui fut, il y a près d’un demi-siècle, l’une des plus grandes mines de cuivre à ciel ouvert au monde, l’un des joyaux du groupe minier Rio Tinto et la poule aux œufs d’or du gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée, il ne reste que des squelettes de bâtiments rongés par la rouille, des carcasses de camions abandonnés à flanc de carrière et, surtout, plus d’un milliard de tonnes de résidus miniers qui, lessivés par les eaux de ruissellement et s’échappant de digues effondrées, empoisonnent champs et rivières.

Dans cette vallée, où monceaux de déchets grisâtres et coulées toxiques d’un turquoise irréel dessinent des paysages lunaires, se trouvent aussi plus de 12 000 villageois. Ces « maudits », comme les ont surnommés les autres habitants de l’île de Bougainville, n’ont jamais profité des richesses de la mine de Panguna, mais continuent de payer un lourd tribut à son exploitation.

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« Leurs terres sont devenues infertiles. Leur eau est terriblement polluée. Ils ont faim. Ils sont malades. Leur espérance de vie s’est réduite. Et la situation se dégrade car il y a des glissements de terrain continuels », s’alarme Theonila Roka Matbob, originaire de la vallée et ministre de l’éducation de la région autonome de Bougainville depuis le 2 octobre.

En son nom et en celui de 155 autres Bougainvillais, le Centre juridique pour les droits de l’homme de Melbourne a déposé, le 29 septembre, une plainte contre Rio Tinto devant le Point de contact national australien de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Il accuse le géant anglo-australien d’avoir violé ses obligations en matière environnementale et de droits de l’homme, et lui demande d’ouvrir des pourparlers avec les habitants afin de réparer les dommages causés. « Nous sommes face à une destruction massive de l’environnement qui a un impact considérable sur les communautés locales. Rio Tinto, qui prétend incarner un modèle sur les questions environnementales et sociales, a fait fi de ses responsabilités », déplore Keren Adams, directrice juridique du centre.

« Tollé international »

En juin 2016, la compagnie a quitté l’île, après avoir cédé sa part majoritaire dans Bougainville Copper Limited. Ses activités y étaient à l’arrêt depuis qu’en 1989, des habitants, excédés par la pollution et le peu de retombées financières locales, avaient lancé une campagne de sabotage qui avait mis fin aux activités de Panguna, mais précipité Bougainville dans une guerre civile de dix ans. Le peuple Nasioi a alors été le premier peuple autochtone à contraindre une compagnie minière à abandonner un site d’importance.

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