Politiques

des pilotes qui se sont éjectés de leur avion de chasse raconte leur expérience


Cette semaine est sorti aux éditions JPO le livre “Eject ! Eject ! Eject !” du journaliste Jean-Marc Tanguy, qui a rassemblé 40 histoires d’éjections de pilote de chasse. Mais que ressent le pilote au moment où il doit tirer la poignée de son siège éjectable ?


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Se préparer à l’éjection, c’est la base quand on monte dans un avion de chasse “Si on doit sortir et s’éjecter, ce sera : ‘Éjection ! Éjection ! Éjection !’. Tu pars au deuxième ‘Ejection’, je pars au troisième.” Le geste est simple : il faut se caler corps droit, tête haute dans son siège et tirer la poignée. Cependant, ce moment laisse des séquelles aux militaires. 

Le commandant Benjamin se souvient de son éjection le 14 janvier 2012. Ce pilote de Mirage 2000 biplace participe à un entraînement en un contre un en Arabie saoudite. Peu après 14h30, le F-15 saoudien, qui joue l’adversaire, percute l’arrière du Mirage 2000. “J’ai perdu une moitié de l’aile droite, se souvient Benjamin, et la partie arrière du moteur. L’avion est en roulis permanent. Il tourne sur lui même quasiment un tour par seconde. Le Mirage 2000, ressemblant fortement à fer à repasser, quand il n’y a plus de moteur ça vole beaucoup moins bien.”

Je dis à mon navigateur que je n’arrive pas à récupérer l’avion et qu’il va falloir qu’on sorte

Le commandant Benjamin

à franceinfo

Quand vous éjectez, le corps encaisse à ce moment là entre 18 et 20 G au moment de la sortie de l’avion “j’ai vraiment senti un choc au niveau de la colonne vertébrale, plus qu’un écrasement, raconte le commandant Benjamin. C’est vraiment, vraiment bref. L’impression d’avoir un sac de plusieurs kilos qui vous tombe sur les épaules, comme si on vous lançait un sac de ciment du toit d’une maison.”

Dans l’éjection le pilote perd une chaussure que sa navigatrice retrouvera à quelques mètres de l’endroit où les deux éjectés se posent. Mais le commandant Benjamin, qui s’éjectera une deuxième fois deux ans plus tard au dessus du Sahel à cause d’une panne technique, a été impacté par sa première éjection.

Vertèbres tassées, chevilles en vrac et le souvenir de l’ombre noire de l’avion qui vient le percuter. Le commandant Benjamin n’est pas indemne après son éjection. L’ombre le poursuivra plusieurs mois, même dans des situations anodines, au volant de sa voiture par exemple.

Entouré et soigné, la séquelle disparaît, mais ce qui permet aussi d’évacuer le traumatisme, c’est une soirée. Chaque année, le fabricant de sièges Martin-Baker, leader mondial, remet une cravate et un pin’s aux éjectés de l’année. Pour le commandant benjamin : “La remise de la cravate est une forme d’exorcisme. On se dit : ‘je ne suis pas tout seul’.” 

Un pilote, en général, quand il fait ça, il a tout essayé pour sauver son avion.

Le général William Kurt

à franceinfo

Le général William Kurt, ancien pilote de chasse, est le directeur de la branche française de Martin-Baker. Il comprend ce besoin de rencontrer d’autres “éjectés” : “Quand on se retrouve avec des copains qui se sont éjectés, chacun raconte son expérience et ça les sécurise de se dire qu’ils n’ont pas été les seuls. Et puis vous invitez également ceux qui participent à la construction et à l’élaboration des sièges parce que rencontrer également les personnes qui ont participé finalement à la sauvegarde de leur vie, c’est quelque chose d’important.” 

Le site internet de Martin-Baker affiche sur sa page d’accueil, le nombre de vies sauvées grâce au siège éjectable : 7 633 en 70 ans. 


Le reportage de Franck Cognard – 0


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