Economie

Le modèle du foot français au piège de Mediapro

Editorial du « Monde ». La bulle n’a pas encore explosé mais l’alerte est de plus en plus chaude. La volonté exprimée cette semaine par le groupe audiovisuel Mediapro de revoir à la baisse le montant de son contrat avec la Ligue de football professionnel (LFP) pour les droits de la Ligue 1 et de la Ligue 2 accentue la fragilité des clubs. La plupart s’étaient habitués à mener grand train à partir d’un modèle de développement ultralibéral que l’épidémie de Covid-19 torpille semaine après semaine.

Le bras de fer entre Mediapro et la LFP débute à peine et les discussions s’annoncent serrées. Pour l’instant, le consortium sino-espagnol a simplement refusé de s’acquitter de son deuxième versement de 172 millions d’euros, soit 17 % des 814 millions d’euros que doivent se partager les clubs jusqu’en 2024. Saint-Etienne, Bordeaux ou Marseille, qui sont aujourd’hui les plus exposés aux difficultés financières, n’ont pas encore baissé le rideau et le PSG verse toujours les salaires de Kylian Mbappé et Neymar.

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Mais il y a bien quelque chose de pourri au royaume du football français. Déjà privés des recettes de billetterie et affaiblis par un marché des transferts atone, les clubs paient aujourd’hui de s’être laissé enivrer par les bulles et les zéros du contrat faramineux signé le 29 mai 2018 avec Mediapro au détriment du partenaire historique depuis 1984, Canal+. En France comme partout ailleurs, les droits télé ont toujours été le nerf de la guerre. La Ligue 1 a pensé pouvoir enfin rivaliser avec les championnats anglais, espagnol, allemand et italien, elle qui, dans ce « big five » européen, a toujours eu des airs de Petit Chose.

Une mariée que les clubs connaissaient à peine

A l’époque, la LFP et ses présidents de club – dont elle n’est jamais que l’émanation – ont fermé les yeux sur une mariée qu’ils connaissaient à peine et dont ils n’ont regardé que la dot. « La réalité, c’est que le modèle de Mediapro était déjà tendu. La Ligue et les clubs ont préféré ne pas le voir », indique au Monde un président de club. Certains signaux d’alerte existaient pourtant, que d’autres ont su détecter. En Italie, par exemple, Médiapro est resté à la porte, faute de garanties financières suffisantes.

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En France, le piège s’est refermé sur les clubs et la filière foot, qui emploient plus de 34 000 personnes. Cet été, la LFP a bien tenté de s’assurer contre les risques d’un défaut de paiement de Mediapro, mais aucun organisme financier n’a voulu couvrir un groupe endetté et fragilisé par la crise sanitaire.

En cas de défaut de paiement, un nouvel appel d’offres pourrait être lancé dans les six mois. Canal+ est prêt à sauter sur l’occasion pour tenter de récupérer la Ligue 1 à un tarif forcément revu à la baisse, mais pas trop quand même afin de dégrader le moins possible le « produit » Ligue 1. Le président de la LFP, Vincent Labrune, se dit quant à lui prêt à lancer un emprunt, mais cela ressemble à une fuite en avant.

Endettés pour la plupart, les clubs ont devant eux des mois, voire des années, d’austérité, d’autant que le remboursement du prêt garanti par l’Etat (220 millions d’euros sur quatre ans) s’effectue à partir des droits télé négociés avec Mediapro. Pour qu’un nouveau coup de pouce apparaisse légitime, il faudrait que le milieu affiche sa volonté et sa capacité d’inventer un nouveau modèle, en rupture avec la dérive des dernières années.

On n’en est pas encore là, si bien que, entre la perspective durable de stades vides, un endettement galopant et un produit-phare – Téléfoot, la chaîne créée par Mediapro – regardé par un public confidentiel, le secteur est aujourd’hui clairement en danger.

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Le Monde


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