Economie

Taïwan, laboratoire de délibération citoyenne

Un écran sur lequel est projetée l’image d’Audrey Tang, ministre du numérique de Taïwan, lors d’un entretien en ligne le 16 juin.

Le parcours hors-norme d’Audrey Tang avait défrayé la chronique en octobre 2016. A tout juste 35 ans, la jeune femme transgenre venait d’être nommée ministre de l’économie numérique de Taïwan. Programmeuse à 8 ans, entrepreneuse à 14 et consultante à 17, cette développeuse surdouée a longtemps œuvré dans la Silicon Valley. Avant de s’illustrer pendant le « mouvement des tournesols », en 2014. En tant que hackeuse citoyenne, membre de la communauté gOv (prononcer « gov-zéro »), elle apporte un soutien technologique à la jeunesse qui occupe le Parlement, pour protester contre la ratification d’un accord commercial avec la Chine sans consultation citoyenne au préalable.

Au printemps 2020, son visage souriant, encadré de fines lunettes, a de nouveau fait le tour des médias. Cette fois, pour saluer l’efficacité de la réponse technologique de l’île au coronavirus – 500 malades et 7 décès pour près de 24 millions d’habitants. Très rapidement, en effet, Taïwan a mis en place, avec la contribution des citoyens, des outils permettant de visualiser en ligne, quasiment en temps réel, les stocks de masques disponibles et l’approvisionnement des pharmacies ; de tracer les malades grâce aux données de leur téléphone portable ou des campagnes humoristiques contre les fake news

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : Taïwan s’émeut de voir son « modèle » de gestion ignoré par l’OMS

Cette « réussite », Audrey Tang l’interprète comme le fruit de la « confiance » tissée entre les pouvoirs publics et les citoyens grâce à une batterie d’outils open source (en accès libre) dont Taiwan s’est fait une spécialité (1er au Global Open data Index 2016-2017), s’appuyant sur un principe de « transparence radicale ». « Nous nous assurons que [les citoyens] ne comprennent pas seulement la décision politique, mais aussi les raisons qui y ont mené et la manière dont elle a été abordée, ce qui nous permet, lorsqu’une innovation émerge de la société civile, d’être en mesure de l’adopter et de l’amplifier, au lieu d’imposer des décisions par le haut », confie la ministre.

La démocratie délibérative, une aspiration ancienne

Ces expérimentations sont indissociables de l’histoire récente et du contexte géopolitique si particulier de Taïwan. Après des années de loi martiale, abolie en 1987, la démocratisation des années 1990 et le bouillonnement technologique ont contribué à l’émergence de cette « démocratie numérique ». Elle emprunte à la fois à la culture d’auto-gouvernement des pionniers de l’Internet, et à la notion de « démocratie délibérative », apparue dans le monde universitaire anglo-saxon dans les années 1980.

Il vous reste 78.66% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page