Economie

« James Bond peut attendre pour mourir, mais les cinémas ont déjà un pied dans la tombe »

Chronique. James Bond aime flirter avec la mort. Les titres de ses films en témoignent. Après Vivre et laisser mourir (1973), Demain ne meurt jamais (1997) et Meurs un autre jour (2002), voici que s’annonce pour l’automne 2020 Mourir peut attendre. Enfin, s’annonçait, car on vient d’apprendre que MGM, le producteur de cet opus qui sera le dernier incarné par Daniel Craig, a décidé ce samedi 3 octobre, de repousser sa sortie au 2 avril 2021. James Bond peut donc attendre pour mourir, mais les cinémas eux, ont déjà un pied dans la tombe.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Batailles homériques pour sauver le cinéma français

Selon la presse en Grande-Bretagne, le deuxième réseau mondial de salles de cinéma, Cineworld, devrait annoncer cette semaine la fermeture immédiate, et pour une durée indéterminée de ses 128 salles en Grande-Bretagne et en Irlande et de ses 543 autres exploitées aux Etats-Unis sous la marque Regal. Au total, 30 000 emplois sont menacés dans le monde. Le groupe a enregistré près de 1,6 milliard de dollars (1,3 milliard d’euros) de pertes pour le premier semestre et sa dette se monte désormais à 8,2 milliards de dollars.

Fragilités et mutations

Pas sûr que les services secrets de sa majesté seront suffisants pour enrayer une telle catastrophe. Car derrière le renoncement de Bond se profile celui des principaux films de Disney (Mulan, Black Widow, Soul), de Warner (Wonder Women 1984, Dune) ou d’Universal (Les Croods), toutes ces grosses productions hollywoodiennes dont la sortie était prévue cet automne. Le seul de cette catégorie à avoir tenté l’aventure a été Tenet, produit par Warner. Présentée en salles le 26 août, cette production à 200 millions de dollars a enregistré un score honorable, avec une recette mondiale de 300 millions de dollars mais bien inférieure à son potentiel espéré. Le cercle vicieux est enclenché : pas d’audience, pas de films et donc de moins en moins de spectateurs, etc.

Une fois de plus, la pandémie révèle des fragilités et accélère des mutations. Une industrie mondiale, du moins en Occident, dépend pour sa survie d’une dizaine de grosses machines produites sur les collines d’Hollywood. Et la décision de Disney de lancer son dernier film, Mulan, sur sa plateforme Internet Disney + plutôt qu’en salle a concrétisé la menace du basculement.

Lire aussi Disney supprime 28 000 emplois aux Etats-Unis à cause de la pandémie de Covid-19

La France, qui concentre le tiers des salles d’Europe, est en première ligne. « C’est la pire période de l’histoire du cinéma », se lamentait dans Le Monde le 20 septembre Richard Patry, le président de la Fédération nationale des cinémas français. Il pointait lui aussi la menace que cet effacement des grands films américains fait peser sur l’ensemble du système hexagonal qui dépend entièrement d’eux pour son financement. Il faudra plus qu’un espion en smoking pour sauver le grand écran.

Il vous reste 0% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page