Economie

« Le modèle actuel des banques est illogique »

Chronique. Les récessions provoquent une forte dégradation de la situation des banques, en particulier des banques de détail. La proportion de crédits dits « non performants », c’est-à-dire qui ne sont pas remboursés par les emprunteurs, est passée, au cours des années 1990 dans la zone euro, de 2,5 % du total des crédits dans les périodes de croissance à 7,5 % dans les périodes de récession ; les profits des banques, équivalant à 0,8 % du PIB en moyenne en période de croissance, sont ramenés à une perte équivalente à 0,1 % du PIB en période de récession. Il est normal que la banque de détail soit une activité risquée : la proportion d’entreprises qui font faillite est multipliée par quatre ou cinq lors des récessions dans la zone euro, où les entreprises sont essentiellement financées par le crédit bancaire.

Si les résultats des banques d’investissement restent élevés pendant la crise liée au Covid-19, ceux des banques de détail souffrent de la dégradation de la situation financière des entreprises et, à un moindre degré, de celle des ménages. Les marchés financiers le savent bien. Lorsque, dans la zone euro, l’indice boursier de l’ensemble des entreprises monte ou baisse de 1 %, celui des banques monte ou baisse de 2 %. La capitalisation boursière des banques de la zone euro représente 0,5 fois la valeur de leurs actifs nets au bilan, contre 1,5 fois pour l’ensemble des entreprises.

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Il est donc bien compris que la banque, en particulier la banque de détail, est une activité très risquée. Cela explique d’ailleurs que les régulateurs du secteur imposent aux banques de détenir de plus en plus de fonds propres. Ceux-ci représentaient 7,5 % du total du bilan des banques de la zone euro au début des années 2000, contre 9 à 9,5 % aujourd’hui. Les banques doivent donc trouver des investisseurs qui acceptent de mettre beaucoup de capital dans une activité très risquée.

Deux anomalies

Et cela fait apparaître deux caractéristiques illogiques, et même absurdes, dans le modèle des banques tel qu’il est conçu aujourd’hui.

La première anomalie est que les banques devraient verser une rémunération importante à leurs actionnaires, qui prennent un risque élevé. Or, ce n’est pas le cas. La rentabilité des banques est assez faible : le rendement des fonds propres des établissements bancaires de la zone euro était, avant la crise due au Covid-19, de l’ordre de 6 %, alors qu’il est de l’ordre de 12 % pour les autres entreprises. Elles n’ont donc pas les moyens de verser une rémunération élevée à leurs actionnaires. Ceux-ci supportent en plus la faible performance boursière des banques par rapport aux autres entreprises : de 2010 à aujourd’hui, l’indice boursier d’ensemble dans la zone euro a progressé de 20 %, mais celui des banques a reculé de 75 % ! Et la Banque centrale européenne (BCE) vient de prolonger jusqu’en janvier 2021 l’interdiction faite aux banques de distribuer des dividendes…

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