Economie

Robert Boyer, membre d’une « école française » restée sous les radars

Né en 1943, Robet Boyer est un de ces « ingénieurs économistes » à la française qui, forgés par le système méritocratique de la sélection par les mathématiques, intègre l’une des meilleures écoles de la République, l’Ecole polytechnique, en 1962, où il découvre la séduction de l’économie par l’intermédiaire d’un professeur venu de l’Insee, Jacques Dumontier. A l’époque, les ministères raffolent de calcul économique et de modèles mathématiques capables de « prédire » l’évolution des prix, de la production, de la consommation… Il s’agit d’éclairer « scientifiquement » la politique économique et la planification.

Diplômé de l’Ecole des ponts et de Sciences Po, Robert Boyer commence une carrière d’économiste fonctionnaire au service de l’Etat, qui le mène au ministère de l’équipement, au Centre d’études des revenus et des coûts, à la direction de la prévision du ministère des finances. Là, il travaille dans une équipe chargée d’élaborer un modèle économétrique, qui s’avérera incapable de faire la moindre prédiction valable sur les effets du choc pétrolier de 1973, alors que l’inflation s’envole et que la production s’effondre.

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De cet échec date la conversion du fonctionnaire au monde de la recherche. Il intègre le Centre d’études prospectives d’économie mathématique appliquée à la planification (Cepremap), où se forme une communauté de chercheurs qui, à la suite de Michel Aglietta, associe Jacques Mistral, Jean-Pascal Benassy, Alain Lipietz et Hugues Bertrand, et élabore la « théorie de la régulation » : les phénomènes économiques ne peuvent se comprendre à travers des modèles abstraits et axiomatiques, mais par la prise en compte des combinatoires entre événements historiques, institutions politiques, juridiques et culturelles, rapports sociaux et cadres idéologiques de l’action publique et des décisions privées.

Vertus du marché

Mais cette « école française » éclôt au moment où la vague néoclassique et monétariste venue de l’Ecole de Chicago conquiert peu à peu les départements d’économie des universités américaines, puis traverse l’Atlantique et convertit l’administration française aux vertus du marché plutôt que de l’intervention publique. Certes Robert Boyer décrochera une entrée au CNRS (1978), puis à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, 1982), mais les « régulationnistes » restent aux marges des institutions académiques. Robert Boyer rejoindra l’Institut des Amériques, institut pluridisciplinaire où il est l’un des rares économistes.

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