Economie

« L’économie de plates-formes a l’effet paradoxal de faire décliner l’entrepreneuriat »

Tribune. Les plates-formes numériques constituent aujourd’hui l’infrastructure de l’économie américaine. Le pouvoir économique acquis leur donne la capacité de modifier les mécanismes de création et d’extraction de la valeur. Leur fonction d’intermédiaires marchands a d’abord retenu l’attention des chercheurs, mais l’analyse s’oriente aujourd’hui vers les pouvoirs de contrôle qu’elles exercent sur les participants à leur écosystème.

Leur modèle d’affaires est constitué d’un centre de décision, d’entreprises qui développent des applications, des logiciels et des matériels, et enfin d’entreprises qui vendent sur les « places de marché » offertes par ces plates-formes. Les statistiques indiquent qu’en 2019 plus d’un million de petites et moyennes entreprises opéraient sur Amazon, qui réalisait 45 % de toutes les ventes en ligne aux Etats-Unis.

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Cet écosystème crée de la valeur en tirant parti des multiples innovations réalisées par les entreprises qui le composent. Ainsi, en 2018, Apple a versé 34 milliards de dollars à ses développeurs d’applications et Google Play, 17 milliards de dollars à ses innovateurs. La stratégie est centrée sur la dépendance et le contrôle des entreprises externes.

Des relations de pouvoir se créent en effet entre la plate-forme et les entrepreneurs dépendants pour des raisons technologiques et contractuelles (« Platform-Dependent Entrepreneurs : Power Asymmetries, Risks, and Strategies in the Platform Economy », Donato Cutolo et Martin Kenney, Academy of Management Perspectives, 16 juin). Logiciels et algorithmes structurent l’action des intervenants, les règles contractuelles fixent les conditions de leur participation. La dynamique du « gagnant prend la plus grande part » offre des opportunités aux entrepreneurs, incités à réaliser des investissements spécifiques… qui les rendent dépendants de la plate-forme. La dépendance signifie qu’Apple supprime certaines applications pour introduire les siennes, estimées plus performantes. Quant aux vendeurs, les plates-formes peuvent modifier unilatéralement les termes de leur contrat en décidant, comme Amazon, de concurrencer certains entrepreneurs sur des segments de marché qui ont des marges de profit importantes.

Procédures automatisées

L’asymétrie de pouvoir est construite à partir de plusieurs éléments : la séparation entre vendeurs et acheteurs, l’évaluation par les acheteurs – qui aboutit à un classement ignoré des vendeurs –, la modification unilatérale des contrats et la possibilité de radiation. La situation de subordination dévalorise l’entrepreneur puisque le contrôle par les algorithmes remplace les formes traditionnelles d’appréciation. L’absence de relations entre acheteurs et vendeurs conduit très souvent à des commentaires négatifs et à l’impossibilité d’y répondre, comme sur eBay.

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