Economie

« Le recul de l’Etat n’existe pas », l’action publique se transforme

Tribune. La distinction entre l’Etat et le marché structure depuis le XIXe siècle une partie significative du débat politique. Caricaturalement, les uns souhaiteraient une libération – fiscale et administrative – du marché par l’Etat, alors que les autres en appellent à un renforcement – économique et social – de l’Etat sur le marché.

Cette distinction entre l’Etat et le marché est un piège dans la mesure où elle enferme abusivement le débat politique dans la seule alternative de vouloir plus ou moins d’Etat. Pire encore, aujourd’hui, opposer l’Etat et le marché donne à voir le dangereux mirage du recul de l’Etat en lieu et place de sa responsabilité dans la structuration même du marché.

Non seulement la puissance publique définit les règles du jeu du marché (droit du travail, droit des sociétés, droit des contrats, régime de propriété, etc.), mais, en plus, elle en règle le fonctionnement ordinaire par la maîtrise de la monnaie. Parallèlement, si l’on s’attache à examiner la réalité institutionnelle des privatisations en France, l’image du recul de l’Etat semble bien faible à rendre compte de ces dernières.

Transformation préoccupante

Pas une privatisation en France ne s’est réalisée sans qu’ait été créé plus d’Etat, par l’intermédiaire des autorités administratives indépendantes. En outre, au moment même où l’on affiche la volonté de « libérer l’économie », l’actionnariat public n’a jamais été aussi florissant. L’Agence des participations de l’Etat se félicite d’être « l’un des plus grands gérants de participations publiques au monde » et souligne « son impact sur l’économie française » (rapport d’activité, 2019). Le recul de l’Etat n’existe donc pas. Au contraire, il y a une transformation de l’action publique qui s’exerce de plus en plus sous la forme du marché.

Opposer l’Etat et le marché donne à voir le dangereux mirage du recul de l’Etat en lieu et place de sa responsabilité dans la structuration même du marché

Masquée par l’image du recul de l’Etat, cette transformation n’en est que plus puissante et préoccupante. A travers ce que l’on nomme le marché, l’Etat prend des décisions politiques. Et, au nom de prétendues lois du marché, il se présente comme incapable de réguler un ordre marchand, dont non seulement il élabore les règles, mais auquel il prend part activement.

Une telle réversion du réel est démocratiquement choquante. Elle occulte du débat les choix réalisés par l’Etat dans sa construction économique et la manière dont il y participe. Concrètement, les autorités administratives indépendantes en matière économique sont surtout indépendantes de tout contrôle politique.

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