Economie

Au Média, le bras de fer tourne au duel entre Denis Robert et son employeur

Lancé le 12 septembre par un article du Monde, la saison 3 de la vie au Média, la chaîne d’information, créée en 2018 par des proches de La France insoumise, en proie à des luttes intestines, connaît un nouveau rebondissement. Entre son directeur de la rédaction, Denis Robert, et Julien Théry, le président d’EDPLM (la structure juridique qui chapeaute l’association actionnaire de l’entreprise de presse et la société de production), la guerre est désormais sans merci.

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« Je ne renonce pas, et je ne renoncerai pas. Je suis victime d’une cabale à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Il est temps de mettre les socios et ceux qui nous financent au cœur du projet Le Media », scande le journaliste d’investigation dans une vidéo mise en ligne vendredi 18 septembre sur YouTube et Facebook. Pour éviter sa mise à pied, il espère rallier à sa cause ces particuliers dont les dons financent la webtélé, à la vie de laquelle ils sont censés être associés.

« Une diversion »

Une semaine plus tôt, Denis Robert a reçu un courrier signé par son employeur, Julien Théry, historien, animateur de l’émission « La Grande H. », lui demandant de quitter son poste tout en continuant ses enquêtes. « Denis a été prié de renoncer aux fonctions de directeur de la rédaction, après presque un an de tensions avec cette dernière et au vu de l’impossibilité de trouver un accord avec elle », justifie M. Théry auprès du Monde.

« C’est mon 11-Septembre à moi » – Denis Robert

Cette lettre a sonné comme une déflagration pour M. Robert : « C’est mon 11-Septembre à moi », commente-t-il dans la longue vidéo (plus de douze minutes) de vendredi. Face caméra, celui qui a passé dix années de sa vie à enquêter sur Clearstream, déballe, chapitre par chapitre, tout ce qui s’est passé depuis qu’il s’est investi dans cette chaîne, dix-sept mois plus tôt. La situation économique catastrophique dans laquelle elle se trouvait, les projets qu’il a apportés, la progression de l’audience, puis la conspiration qui s’est montée contre lui par des « idéologues » d’un côté, et « ceux qui craignent qu’on prenne leur place » de l’autre.

Affirmant son souhait de sortir Le Média du « mélodrame permanent », il propose que les « socios », dont la générosité a porté à 400 000 euros la trésorerie disponible, votent pour le projet éditorial qui leur paraîtra le plus pertinent. Et ce, en vue de l’élection présidentielle de 2022. « Ce projet est journalistique et politique », justifie-t-il.

Mais pour la direction du Média, pas question de laisser les socios jouer les arbitres. « Son initiative et celle de Serge Faubert [un journaliste de la rédaction et délégué syndical SNJ proche de M. Robert] de demander maintenant un débat sur le projet du Média et un vote des socios n’a aucun sens, ni au plan juridique ni sur le fond. Il s’agit d’une diversion et d’une tentative (désespérée) de coup de force », indique Julien Théry, qui assure qu’en l’état, le journaliste d’investigation n’est pas privé d’antenne et peut accéder aux locaux de la rédaction s’il le souhaite.

Une lettre de 24 pages

« La première chose que je veux dire, c’est que contrairement à ce qui est écrit un peu partout, je suis toujours directeur de la rédaction du Média », rappelle Denis Robert au Monde. De fait, le sexagénaire est actuellement titulaire d’un CDI. Le même, selon Julien Théry, que celui dont disposait Aude Lancelin qui l’a précédé à ce poste – ce dont M. Robert, qui « ne l’a jamais vu », ne peut pas confirmer. Le directeur du Média assure ne pas avoir l’intention de licencier le journaliste, mais « l’amener à revoir sa position face à l’évidence de ses difficultés à diriger la rédaction ». Cependant, l’avoir déchu de sa qualité de directeur de la rédaction constitue « une modification substantielle de son contrat de travail » et une « sanction », pointe Elise Van Beneden, son avocate. Et puisque M. Robert n’a pas été convoqué à un entretien préalable, ni eu la possibilité de se défendre, l’irrégularité de la procédure est constituée, assure-t-elle.

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En parallèle de sa vidéo, Denis Robert a adressé une lettre de 24 pages à son employeur. Il y assure que depuis son arrivée, le nombre d’abonnés à la chaîne « est passé de 164 000 à 408 000, le nombre de vues de 20 000 000 à 90 445 000, le nombre d’abonnés sur la page Facebook (…) de 150 000 à 301 754 », et que « le nombre de vues Facebook depuis le 1er mai 2019 est de 101 millions ». Afin d’endiguer les difficultés financières (200 000 euros de dettes à son arrivée), l’ancien de Libération a également pris son bâton de pèlerin pour convaincre des mécènes de remettre au pot. A l’image d’Olivier Legrain, un millionnaire proche de la gauche, qui a injecté 30 000 euros dans l’affaire. « Le mail que tu m’as adressé hier me choque, aussi bien par l’extrême violence de tes propos que par la façon dont tu t’attribues, seul, tous les mérites des succès du Média depuis un an », lui a répondu Julien Théry.

Au sein de la petite entreprise, qui compte 24 salariés permanents, une dizaine d’intermittents et une dizaine de pigistes (dont une partie d’enquêteurs recrutés par Denis Robert pour renforcer les contenus), la lutte des clans paraît indépassable. Quatre pages de règlement de compte en forme de tract émis par la section CGT de la société dépeignent Serge Faubert et Denis Robert en personnes cupides et avides de pouvoir dans une chaîne qui aspirerait à davantage d’« horizontalité » et « d’autogestion »… Autant de mots qui ne laissent pas entrevoir une sortie de crise prochaine.


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