Economie

« Le Goût de l’espoir » : l’aventure collectiviste des ex-« Fralib »

Sur les 182 salariés, 76 entrent en résistance pour éviter la fermeture du site.

FRANCE 3 – JEUDI 17 SEPTEMBRE À 22 H 50 – DOCUMENTAIRE

Fralib, le nom rappelle vaguement quelque chose… Suivre une boîte estampillée « 1336 » tout au long de sa chaîne de production, en introduction au Goût de l’espoir, diffusé ce soir, ne renseigne pas davantage. Pas plus que de voir une femme, en blouse de travail verte, la cinquantaine avancée, préparer du thé dans ce que l’on devine être un bureau, pour des ouvriers d’usine qui n’ont pas, si l’on s’en réfère aux canons publicitaires, le profil type des buveurs de thé. Pourtant ils apprécient, s’y connaissent même. Ce sont eux, les ex-« Fralib », les héros de ce documentaire.

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Le 28 septembre 2010, il y a juste dix ans, le groupe Unilever annonce délocaliser en Pologne l’usine Fralib de Gémenos (Bouches-du-Rhône), qui produit des thés et des infusions pour la marque L’Elephant. Sur les 182 salariés, 76 entrent en résistance et décident d’occuper les lieux pour éviter la fermeture du site. Ainsi débute un des plus longs conflits sociaux français, qui n’est pas sans rappeler l’aventure des « Lip » dans les années 1970.

Le 26 mai 2014, c’est la victoire. Après 1 336 jours d’occupation, 42 employés (24 sont partis à la retraite et 10 ont trouvé du travail ailleurs) obtiennent 19,2 millions d’euros pour créer la Société coopérative ouvrière provençale de thés et infusion (Scop-Ti). Ils reprennent l’activité sous la marque symbolique 1336.

Affiches de Che Guevara

« C’est possible, on fabrique, on vend, on se paie ! », scandaient les Lip. Pas si simple. Scop-Ti traverse des difficultés financières en 2016. Les banques rechignent à leur prêter de l’argent : seule l’émission de titres participatifs, en octobre, leur permet de sortir la tête de l’eau. C’est alors, en janvier 2017, que la réalisatrice allemande Laura Coppens décide de planter ses caméras sur place. Pendant dix-huit mois, elle va filmer les femmes et les hommes sur les chaînes de production, dans le laboratoire, à la comptabilité, lors des réunions dans la salle « Castro », sur le parking décoré d’affiches de Che Guevara. Sans poser de questions, sans commentaires ni musique ni explications, la mise bout à bout de ces plans-séquences rend compte des interrogations de ces travailleurs, contraints, par la force des événements, d’outrepasser leurs compétences.

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Au fil des dialogues, quelques thèmes reviennent : le changement de packaging, l’embauche d’un responsable commercial – « Ce qu’il nous faut, c’est un marketeur ». Autant de sujets qui nécessitent de décider. Le film reste évasif sur le sujet, comme pour valoriser la « lutte collective » au détriment de l’individu. La comptable digresse sur l’autonomie : « Donner un travail à faire, ce n’est pas diriger, c’est qu’il faut le faire. » Dans les faits, s’il n’y a pas de patron proprement dit, puisque l’assemblée des coopérateurs est souveraine, Olivier Leberquier (« toujours à la CGT », précise-t-il), préside le conseil d’administration.

Mais cela n’est pas mentionné dans Le Goût de l’espoir. Pourtant, on aurait aimé en savoir plus sur chacun des coopérateurs, et notamment sur celle qui crève l’écran, Nadine Fiquet, du « laboratoire de contrôle et gestion », tiraillée entre ses idéaux et la nécessité de vendre. Sur l’état de santé de Scop-Ti aussi. Après avoir multiplié par dix le chiffre d’affaires en quatre ans, à près de 4 millions d’euros en 2019, la hausse est de « 12 % par rapport à l’an dernier », confirme Olivier Leberquier, le 15 septembre. Les premiers bénéfices restent donc attendus en 2020, en dépit du Covid-19.

Le Goût de l’espoir, de Laura Coppens (Fr., 2019, 70 min).


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