Economie

La Macronie refuse de fuir les médias qui ne portent pas ses propres valeurs

La pastille vidéo qui tourne sur les réseaux sociaux date du mardi 8 septembre. On y observe Eric Zemmour dans son émission quotidienne, « Face à l’info », sur CNews, se pencher sur les ferments de la révolte populaire en Biélorussie contre le président Alexandre Loukachenko. « Je vois venir gros comme une maison la CIA derrière », déroule le chroniqueur, qui met dans le même sac « les services secrets américains » et « les ONG “sorosiennes” [du nom du milliardaire philanthrope américain George Soros] ».

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« C’est étonnant que BHL [Bernard-Henri Lévy] n’ait pas débarqué dans la foulée », ajoute-t-il, sans susciter de réaction en plateau. Sur Twitter, la députée européenne macroniste Nathalie Loiseau s’indigne. « J’ai cru que j’étais sur Russia Today. Non, c’est CNews et c’est Zemmour. Ça devient de plus en plus pareil. L’extrême droite russolâtre en action », écrit l’ancienne ministre des affaires européennes.

Malgré ces critiques, les partisans d’Emmanuel Macron n’hésitent pourtant pas à venir y porter le fer régulièrement. Le dilemme est ancien : faut-il fuir les médias qui ne portent pas ses propres valeurs ? Il a gagné en ampleur ces dernières années, à mesure que s’est parfois ouvert le robinet à clash et à fausses nouvelles. Nathalie Loiseau assure au Monde qu’elle n’hésite pas à rejeter les invitations, « quand les règles ne sont pas claires ».

Elle se souvient encore de cette émission où la directrice de Marianne, Natacha Polony, censée l’interroger, « était en réalité dans une posture de polémiste, ce qui est son droit, assénant des contre-vérités, ce qui est plus discutable ». « Quand vous branchez CNews, vous avez envie de vous pendre, ajoute un macroniste du premier cercle. C’est un projet politique de la part de Vincent Bolloré [propriétaire de la chaîne], celui de la droite traditionnelle identitaire bretonne. Le mec fait Fox News. »

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« Il faut parler avec tout le monde »

Le pragmatisme règne néanmoins en maître en Macronie, où l’on préfère composer avec le paysage médiatique tel qu’il est. BFM-TV a été accusée d’alimenter la crise des « gilets jaunes », mais les ministres ont continué de s’y rendre. Boycotter certaines chaînes ou journaux, même quand ils ne parlent qu’à une niche droitière, serait contre-productif, estime-t-on au sommet de l’Etat.

La question s’est posée ces dernières semaines à propos de l’hebdomadaire Valeurs actuelles, qui fait l’objet d’une enquête pour « injures à caractère raciste » à la suite de la publication d’une caricature en esclave africaine de la députée La France insoumise Danièle Obono. « Il faut parler avec tout le monde. Moi qui suis fidèle auditrice de France Inter, j’entends aussi répondre aux questions de Valeurs actuelles. Les gens qui lisent Valeurs actuelles ont le droit de savoir ce que fait le gouvernement », a défendu la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa, le 31 août, sur France Inter.

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