Economie

« L’acquisition de Tiffany par LVMH tourne à l’imbroglio politico-judiciaire »

Chronique. « Les Français sont heureux de mourir d’amour et aiment se battre en duel, mais moi je préfère un homme vivant qui m’offre des bijoux chers », chantait Marilyn Monroe en 1953. LVMH aime les duels mais aussi s’acheter de beaux diamants. Pourtant, la dernière emplette ne passe pas. Célébrée fin 2019 comme la consécration de l’offensive du leader mondial du luxe dans le secteur de la joaillerie, l’acquisition de la célèbre enseigne Tiffany tourne à l’imbroglio politico-judiciaire.

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Le bretteur français entre en scène mercredi 9 septembre en annonçant renoncer à son achat. A l’appui de sa décision, il sort de sa poche une lettre signée du ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lui conseillant de repousser l’opération compte tenu des menaces américaines de taxation des produits de luxe hexagonaux. Tiffany réplique en poursuivant LVMH devant la justice de l’Etat du Delaware afin de le contraindre à l’acheter au prix convenu au départ de 16,2 milliards de dollars (13,7 milliards d’euros). Le propriétaire de Vuitton et de Bulgari réplique en poursuivant à son tour le joaillier américain pour « non-respect des accords initiaux et cas de force majeure ».

Un embarras certain

Ce genre de duels par tribunaux interposés est monnaie courante dans le monde des affaires, mais il est plus rare qu’un des plaignants appelle ouvertement son gouvernement à la rescousse. Pourquoi LVMH, généralement plus discret dans ses pratiques, a-t-il agi de la sorte ? Parce qu’il estime depuis quelques mois que le prix n’est pas le bon. Le groupe l’a reconnu ouvertement dans sa plainte, en indiquant que Tiffany avait très mal géré la crise sanitaire et que ses performances actuelles ne justifiaient plus le prix de départ. Mais comme le contrat ne prévoit pas de sortie possible, même avec des pénalités, il invoque des circonstances exceptionnelles, la crise due au Covid-19 et les tensions commerciales entre la France et les Etats-Unis.

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Cela pose la question des motivations du ministre des affaires étrangères qui a pris le risque d’adresser un courrier, appelé à devenir une pièce officielle dans le dossier judiciaire, alors que la souveraineté de la France n’est pas en jeu et que l’on ne voit pas bien l’influence que pourrait avoir sur les négociations transatlantiques l’abandon d’une telle opération. L’effet pourrait même se révéler contre-productif en braquant les officiels américains. Le silence opposé par le Quai d’Orsay, qui ne semble pas avoir mis dans la boucle le ministère de l’économie, trahit un embarras certain.

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