Economie

« L’arrêt de la chasse au renard n’entraîne pas d’augmentation de leurs effectifs »

Tribune. Les animaux dits « nuisibles » sont régulés car ils représentent un danger pour notre économie et notre sécurité sanitaire. Chaque année, quelque 500 000 renards sont tués en France, 4 millions de corvidés dans toute l’Europe. Les objectifs de ces destructions semblent clairs : réduire les dégâts économiques, ainsi que les risques sanitaires. Pourtant, ces opérations de régulation d’animaux sauvages ne sont quasiment jamais évaluées.

Y a-t-il moins de dégâts sur les cultures lorsque l’on élimine des corbeaux ? Y a-t-il moins d’attaques sur les poulaillers lorsque l’on supprime des renards ? Aucun élément concret ne permet de le conclure. Pire, pour les risques sanitaires, éliminer des individus potentiellement malades augmente la dispersion des survivants et de leurs maladies. Affranchie des débats partisans entre ayatollahs, la recherche doit être mobilisée pour évaluer enfin l’efficacité de la destruction de millions de « nuisibles ».

Certains, animaux portent des pathogènes ou des parasites transmissibles à l’homme. L’échinococcose alvéolaire, fréquente chez le renard, est due à un ténia, ver parasite qui peut se développer dans le foie humain. Les œufs du ver se retrouvent dans les fèces ou sur les poils des renards parasités, et peuvent être ingérés accidentellement. Chaque année, une vingtaine de cas humains sont identifiés en France, un ou deux étant mortels car diagnostiqués tardivement.

La propagation des maladies

Les risques sanitaires sont-ils réduits lorsque l’on tue des renards ? Les réponses des scientifiques, multiples et concordantes, prouvent que plus on tue ces animaux, plus les risques sanitaires augmentent. L’effet obtenu est exactement l’inverse de celui escompté ! Les régulations entraînent une déstructuration des populations vulpines, les survivants deviennent plus mobiles – ils se déconfinent de leur territoire – ce qui augmente la propagation des maladies.

Premier point : tuer des renards ne réduit pas leurs effectifs, car les populations compensent rapidement les pertes, en produisant plus de jeunes qui eux-mêmes survivent mieux. Deux études, l’une au Royaume-Uni après l’épisode de fièvre aphteuse de 2003, l’autre au Luxembourg où le renard est protégé depuis 2015, confirment que l’arrêt de la chasse au renard n’entraîne pas d’augmentation de leurs effectifs.

Deuxième point : les régulations, en créant des espaces vacants, poussent les survivants à explorer de nouveaux territoires, augmentant les contacts entre individus et la propagation des maladies. Ainsi, l’abattage intensifié (+ 35 % pendant quatre ans) de renards autour de Nancy a entraîné une augmentation de la proportion de renards parasités par le ténia, de 40 % à 55 %. A l’inverse, au Luxembourg, la protection du renard a entraîné une diminution de la proportion de renards parasités de 40 % à 25 %.

Il vous reste 46.36% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page