Economie

« Le port du masque, comme préoccupation constante, parasite les ressources cognitives »

Tribune. Jeunes et moins jeunes, nous sommes tous amenés à porter un masque au travail et dans la salle de cours. Cela va avoir une répercussion sur notre efficience et notre efficacité professionnelle comme dans nos apprentissages. Pourquoi ? Ce n’est pas la gêne occasionnée par le masque lui-même qui est en jeu, même si la buée dans les lunettes, l’humidité récurrente, l’impression de manquer d’air ne nous facilitent pas la tâche.

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La cause de la baisse d’efficacité réside dans ce rappel permanent de la pandémie que provoque le port du masque et du fait de cette emprise sur notre mental, son impact sur notre capacité d’« autocontrôle ». Or, quand notre autocontrôle faiblit, nous sommes moins vigilants, moins capables de raisonner. Nos facultés intellectuelles sont amoindries, nos capacités à décider sont moins solides. Et toutes ces aptitudes sont des ingrédients de la performance qu’elle soit professionnelle ou d’apprentissage.

Une préoccupation constante

Quel est le processus à l’œuvre ? Notre cerveau n’est pas capable de gérer beaucoup d’informations à la fois. Contrairement à ce qu’on aimerait croire, nous ne sommes pas multitâches, et nos ressources mentales loin d’être illimitées. Une préoccupation constante nous encombre et affaiblit nos ressources cognitives.

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C’est ce qu’on appelle l’« épuisement du moi ». De nombreuses expériences l’ont montré. J’en retiens deux. La première est celle conduite par Vohs et Faber en 2007 auprès d’un public d’étudiants. Ces étudiants doivent remplir des questionnaires. Les expérimentateurs séparent la cohorte en deux groupes et demandent au premier groupe de ne surtout pas penser à des ours blancs, alors qu’on laisse le premier groupe y penser librement. Instruction est même donnée au premier groupe de faire une croix sur leurs papiers chaque fois qu’ils penseront à un ours blanc !

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A l’issue de cette expérience, on remet à l’ensemble des étudiants une petite somme (10 $) qu’ils peuvent garder ou avec laquelle ils peuvent acheter des bonbons, des snacks, des fruits, des cartes à jouer… Les analyses montrent que le groupe s’étant battu contre la pensée d’un ours blanc dépense beaucoup plus que l’autre groupe, préférant des aliments peu diététiques (un gâteau au chocolat plutôt qu’un fruit), abandonnant toute vigilance alimentaire. La préoccupation de « ne pas penser aux ours blancs » réduit leur capacité d’autocontrôle.

Plus influençables et moins de discernement

L’autre expérimentation menée par Baba Shiv et Alexander Fedorikhin consiste à demander à un groupe d’étudiants de mémoriser un nombre à deux chiffres pour aller le reporter sur un document à l’autre bout d’un grand bâtiment. Il est demandé la même chose à un autre groupe, mais le nombre a alors 7 chiffres. Les expérimentateurs disposent sur le chemin que doivent parcourir l’ensemble des étudiants, un stand de nourriture où ils peuvent se servir librement. Les étudiants qui doivent mémoriser les 7 chiffres choisissent massivement des aliments sucrés et gras, contrairement à ceux à 2 chiffres. L’explication est la même : la charge mentale de la mémorisation pèse sur leurs ressources cognitives, laissant libre cours à leurs pulsions gourmandes.

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