Economie

L’avenir incertain du « frein à la dette » allemand

C’était il y a près d’un an. Le 27 novembre 2019, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti d’Angela Merkel, postait sur Twitter un photomontage peu compréhensible pour les non- initiés : une casquette en cuir coiffant le chiffre zéro dessiné d’un épais trait noir, le tout accompagné de cette phrase : « Nous tenons à notre fétiche. » Promotion d’une nouvelle pratique sexuelle ? Nullement. Juste une façon, pour les conservateurs allemands, de rappeler leur attachement au « zéro noir » (schwarze Null), nom donné à la politique de strict équilibre budgétaire mise en place par l’ancien ministre des finances Wolfgang Schäuble (2009-2017).

Un tel Tweet serait inimaginable aujourd’hui. En débloquant des centaines de milliards d’euros pour faire face à la crise du Covid-19, l’Allemagne a fait voler en éclats le « zéro noir » : fin juin, le déficit public était de 56,6 milliards d’euros, soit 3,2 % du PIB. Sur l’année précédent, en 2019, les comptes publics affichaient un excédent de 1,4 %. Pour la première fois depuis 2013, l’équilibre budgétaire est rompu outre-Rhin.

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Est-ce pour autant la mort définitive du « zéro noir » ? Pas si sûr. S’il y a renoncé à cause du coronavirus, le parti d’Angela Merkel n’entend pas pour autant abandonner l’objectif. « L’endettement doit rester l’exception », a ainsi rappelé Andreas Jung, vice-président du groupe CDU-CSU du Bundestag, mercredi 2 septembre, à l’occasion de la réunion de rentrée des députés conservateurs. L’horizon est déjà fixé. A partir de 2022, affirme la CDU-CSU, l’Allemagne devra renouer avec le principe du « frein à la dette » (Schuldenbremse), inscrit dans la Constitution en 2009, qui interdit tout recours au déficit budgétaire sauf circonstances exceptionnelles.

Manque de clarté

Au Parti social-démocrate (SPD), les choses sont moins claires. A son arrivée au ministère des finances, en 2018, Olaf Scholz a clairement dit qu’il n’entendait pas remettre en cause le dogme du zéro déficit cher à son prédécesseur, Wolfgang Schäuble. Il en a payé le prix : en novembre 2019, le vice-chancelier allemand n’est pas parvenu se faire élire à la tête du SPD, les adhérents du parti lui ayant préféré deux pourfendeurs de l’orthodoxie budgétaire, Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans.

Après l’élection de cette nouvelle direction, la plus à gauche depuis vingt ans, certains imaginaient que le SPD ferait de l’abandon du « zéro noir » un thème majeur du débat politique en vue des élections législatives de septembre 2021. Mais la crise du Covid-19 a changé la donne : désormais, l’enjeu n’est plus de savoir s’il faut renoncer à l’équilibre budgétaire, puisque celui-ci a bien été rompu, mais si cet abandon sera définitif ou non.

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